Il y a des matins où on éprouve de l’indulgence pour certains ministres.

On était tout près à exiger que rien ne leur échappe et qu’ils soient partout, sur la brèche en permanence, formidablement efficaces, à la fois dans la défensive et dans l’offensive.

Mais la réalité ne s’arrête pas en attendant que, par exemple, le ministre de l’Intérieur soit de retour de Bayonne où il a eu le discours ferme et sans complaisance qui convenait.

Sans cesse la France est la proie d’incidents, d’attaques, d’agressions qui révèlent que, si nous ne sommes passés dans un nouveau monde sur les plans politique et social, en revanche la délinquance et la haine antifrançaise ont, elles, franchi le pas en laissant les citoyens médusés, indignés.

Avec la conscience que le ministre aura beau se multiplier, ça déborde de partout, l’invention de la malfaisance est infinie.

À Tours, un guet-apens est tendu à la police qui intervient à cause d’une intrusion dans une école. Elle doit fuir parce qu’elle est attendue par une trentaine de jeunes gens, dont des mineurs de 14 ans.

Dans un supermarché de Lyon, une altercation avec une conseillère RN qui vient au secours d’une caissière tétanisée et insultée par un homme qui fait du scandale à propos de son portable. Celui-ci hurle : « Je nique la France, ce sale pays de Blancs ! »

Même si on n’est pas naïf et qu’on regarde la réalité en face, même si on admet que les mineurs d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux de l’ordonnance de 1945 et que le racisme anti-blanc sévit chez certains, on ne peut pas péremptoirement soutenir que « il n’y a qu’à ».

Même si on n’est pas gangrené par une compassion mal placée en confondant les agresseurs avec leurs victimes, on se doit d’être lucide et, peut-être, cesser de tout exiger mais en n’étant pas dupe : trop de retards et de faiblesses se sont accumulés pour que le déclin ne soit pas irrésistible.

Cela déborde. Trop de troubles, de violences et de détestations contre lesquels la société est désarmée, parce qu’ils sont disparates, renouvelés, sûrs de leur impunité, moins à cause du laxisme que de l’impossibilité, pour un pouvoir, d’être sur tous les fronts, de tenir les deux bouts de la chaîne – sécurité et justice – et d’être aussi agile et réactif que ce que le quotidien tristement fait advenir.

Si l’indulgence ne me paraît pas un sentiment choquant à l’égard de ministres qui sont forcément dépassés par le flot divers et contrasté de ce qui accable notre pays, cela tient à la certitude que la force même la plus assurée, la rigueur même la plus assumée, la politique même la plus enrichie par un humanisme de combat seront des coups d’épée dans l’eau parce que, donnés ici, ils n’empêcheront pas le pire là.

C’est plus que de l’indulgence que m’inspirent les serviteurs de l’État, sous quelque latitude politique que ce soit. Une forme d’admiration. Ils acceptent d’engager une lutte qui ne fera jamais d’eux des gagnants. Pour l’honneur de la démocratie, ils cherchent à nous persuader qu’impossible n’est pas français et qu’ils seront capables, sinon d’éradiquer, au moins d’endiguer les manifestations malfaisantes d’individus et/ou de groupes s’ébattant comme en terrain conquis.

Il n’est pas un jour où la tranquillité et la sûreté de la France ne soient pas à reconquérir.

Cela déborde. On écope, on colmate, on fait ce qu’on peut. Pour éviter le naufrage.

Je souhaite bon courage à nos ministres régaliens.

Extrait de : Justice au Singulier
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