C’était tellement énorme qu’on ne pouvait douter de la décision du Conseil d’État. Dieu merci, sommes-nous tenté d’écrire, le bon sens n’a pas complètement abandonné la France ! En effet, ce dimanche matin, la plus haute juridiction administrative de la République a donné raison à l’Église catholique : l’État a trois jours pour revoir sa copie concernant la jauge de trente personnes imposée à tous les lieux de culte, quelle que soit la surface de ces lieux.

Une restriction disproportionnée, ont jugé les magistrats. C’est le moins que l’on puisse dire. On a parlé d’absurdité parce qu’on est poli et l’on ne peut qu’être triste, lorsqu’on a toujours cru à la puissance de l’État, héritier de l’État colbertiste, de le voir ainsi ridiculisé par les décisions ineptes de ceux qui sont à sa tête. Cette jauge de trente personnes était, évidemment, une insulte faite aux croyants de ce pays, et en tout premier lieu aux catholiques qui furent en pointe dans ce combat pour défendre la liberté de culte, mais aussi une insulte au bon sens et, pour tout dire, à l’intelligence. Un crime, pourrait-on dire, dans un pays qui se targue d’être l’un des plus intelligents du monde ! On savait que ce gouvernement avait un problème avec la question des libertés. On se demande, désormais, s’il n’en a pas un, aussi, avec l’intelligence. Qu’un Adrien Quatennens, député de La France insoumise et tenant d’une laïcité de stricte observance, se réjouisse, sur le plateau du « Grand Jury RTL », de cette décision est assez significatif. Il a, d’ailleurs, beau jeu de déclarer : « Quand on voit ce qui se passe dans les supermarchés… » Mais il ne fallait pas tout mélanger, tentait d’expliquer, bien maladroitement, en milieu de semaine dernière, un Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, à bout d’arguments, au micro d’Europe 1, face à Sonia Mabrouk. D’ailleurs, pourquoi trente ? Mgr Rougé, évêque de Nanterre, racontait, dimanche matin, au micro de BFM TV, qu’à cette question posée par un magistrat du Conseil d’État, le représentant de l’État avoua ne pas savoir. Consternation.

On est bien d’accord, il ne faut pas tout mélanger. C’est pourtant ce que faisait le gouvernement. Lisez la dernière (jusqu’à quand ?) attestation de déplacement dérogatoire (qui rime avec vexatoire). Case 2 : « Déplacement pour se rendre dans un établissement culturel ou un lieu de culte ; déplacements pour effectuer des achats de biens, pour des services dont la fourniture est autorisée, pour les retraits de commandes et les livraisons à domicile. » Tout dans le même sac ! Sauf pour la jauge…

Une jauge que le Conseil d’État a donc jugée revêtant un caractère disproportionné « au regard de l’objectif de préservation de la santé publique et constitue ainsi, eu égard au caractère essentiel de la composante en cause de la liberté de culte, une atteinte grave et manifestement illégale à cette dernière ». On ne peut pas être plus clair.

Pourtant, si ! Car le Conseil d’État juge, en plus, que « si certains établissements recevant du public autre que les lieux de culte restent fermés, les activités qui y sont exercées ne sont pas de même nature et les libertés fondamentales qui sont en jeu ne sont pas les mêmes ». En quelque sorte, la pratique du culte publique reconnue comme essentielle. Au même titre que l’achat d’une perceuse au rayon bricolage. Décidément, une bien mauvaise semaine pour Jean Castex. Espérons, en tout cas, qu’à la lumière de cet épisode, les catholiques sauront désormais à quoi s’en tenir avec le pouvoir macronien.

29 novembre 2020

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