Malgré les rodomontades de Macron et de ses acolytes qui, après avoir paniqué, se défoulent aujourd’hui en les traitant de tous les noms, les ont encore montré, ce samedi, que leur mouvement n’était pas , ni même moribond. Le gouvernement, secondé par les qui mettent l’accent sur les incidents dans la capitale, essaie de désolidariser l’opinion de leur action plutôt que d’en analyser les causes. Une personnalité qu’on n’attendait pas vient remettre les pendules à l’heure : c’est Bernard Tapie.

Quand on considère sa carrière, contestable et contestée, ses engagements politiques, son goût pour l’argent, on pourrait penser que le monde des « premiers de cordée », dont le moteur est la finance, s’ajuste parfaitement à sa mentalité. Mais, parce que Tapie est imprévisible, peut-être aussi parce que la maladie contre laquelle il continue de lutter lui fait mesurer la relativité et la vanité des choses humaines, il devient plus lucide que les politiciens dont beaucoup, qui jouent aujourd’hui aux redresseurs de torts, paraissent, à côté de lui, sans foi ni loi.

Dans un entretien au Figaro, Bernard Tapie déclare, à propos du système électoral, qu’“on n’est pas tout à fait en démocratie quand plus de 50 % des gens ne se déplacent pas pour élire le Président et que beaucoup d’autres votent pour exprimer leur ras-le-bol”. Que ne va-t-il jusqu’au bout de son raisonnement en remarquant, en outre, que le mode de scrutin actuel, qui permet à une minorité d’être majoritaire, est profondément injuste !

Il estime que les gilets jaunes “ont retrouvé ce sens du “vivre ensemble” français qui a fait notre force”, pointant les dégâts humains provoqués par une gestion technocratique des territoires. Ou que “les premiers de cordée ne sont pas cons, mais le garagiste, l’ouvrier, le prof de math ou le médecin ne disent pas de conneries non plus”, soulignant la morgue et l’hypocrisie des prétendues élites qui se targuent de tout savoir et de détenir la vérité.

Il juge que le vote protestataire de ces dernières décennies s’explique par le fait que “la France a décroché socialement et économiquement il y a une vingtaine d’années”. Il cite “les 35 heures, qui ont imposé l’idée que, pour être heureux, il fallait bosser moins, alors qu’une bonne façon d’être heureux, c’est de se sentir utile” : il oublie, sans doute, qu’il participa, un moment, à la politique socialiste de Mitterrand, mais comprend l’état d’esprit des gilets jaunes, qui ne veulent pas vivre d’assistance et demandent qu’on reconnaisse la valeur de leur travail.

Il ose évoquer, parmi les éléments déclencheurs de la crise, “une mal maîtrisée, percutée par la montée de l’. Immigration, islamisme, ces mots que nos élites répugnent à prononcer, ces maux qu’elles ont longtemps reproché aux Français, soucieux de sauvegarder leur et leur , de dénoncer. Il semble avoir oublié le débat Tapie-Le Pen, organisé sur France 2 en 1994, avec des gants de boxe : vingt-cinq ans après, les points de vue semblent moins irréconciliables. Preuve que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Et Tapie est loin d’être un imbécile.

Finalement, à l’occasion de cette interview de Bernard Tapie, on s’aperçoit, si l’on en doutait, que l’honnêteté intellectuelle n’est pas du côté des Tartuffes de la politique, qui se posent en moralistes de bas étage. Et que les gilets jaunes, s’ils ne trouvent pas toujours les mots pour exprimer leurs revendications, savent mieux que beaucoup d’autres ressentir et traduire les injustices de notre société.

6 janvier 2019

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