Editoriaux - 6 janvier 2019

Crise des migrants : rien n’est résolu

Bien que le devant de l’actualité, ces dernières semaines, soit essentiellement consacré aux gilets jaunes, d’autres préoccupations demeurent. Il en est ainsi de la crise des migrants que connaît notre pays depuis plusieurs années et qui, loin de s’atténuer, développe de nouveaux rebondissements.

Malgré leurs promesses de résoudre cette épineuse question, aucun de nos dirigeants – qu’il s’agisse de Sarkozy, Hollande ou Macron – n’a été en mesure de répondre à ce défi majeur pour notre pays. Ainsi, la décision de démanteler la « jungle de Calais » prise par Sarkozy en 2009 n’a abouti qu’à la dispersion d’un nombre considérable de migrants illégaux sur l’ensemble du territoire national, la plupart d’entre eux ayant, d’ailleurs, rapidement rejoint les côtes du nord de la France pour tenter de passer en Angleterre.

Peu ou prou, ce sont actuellement les accords du Touquet, signés en 2003 par Nicolas Sarkozy et David Blunkett, qui régissent toujours l’ensemble de cette problématique. Bien que complétés en 2009, 2010 et 2014, ils font encore porter sur la France l’essentiel des contraintes liées aux contrôles aux frontières dans cette partie de notre pays, jusqu’à faire des policiers français le bras armé de la politique migratoire britannique, excessivement coûteuse, et financièrement et en effectifs (9 à 12 unités mobiles de police et/ou de gendarmerie assurent le maintien de l’ordre et le renforcement du contrôle de nos frontières sur place). Les responsables policiers sont désormais confrontés à une multitude d’emplacements d’où partent, chaque jour, des migrants en quête d’un passage sur l’autre rive de la Manche ou de la mer du Nord. Et pour déjouer les contrôles terrestres, de nombreux migrants tentent directement le passage vers l’Angleterre par la mer. Ainsi vols d’embarcations, mais aussi organisation de nouvelles filières illégales d’immigration, se sont récemment développées. Pour faire face à cette nouvelle donne, un accord franco-britannique visant à renforcer les contrôles dans les ports et en mer est en préparation. D’ores et déjà, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé “un plan d’action” pour “prévenir et lutter contre les traversées de la Manche par les migrants” ainsi qu’un “renforcement de la lutte contre les filières de passeurs”. Cette initiative, qui intervient dans l’attente d’une action plus globale et conjointe avec la Grande-Bretagne, risque pourtant d’être un nouveau « coup d’épée dans l’eau ».

En effet, les accords entre la France et le Royaume-Uni prévoient expressément que les migrants arrêtés suite à ces contrôles doivent être reconduits sur leur base de départ, à savoir la France. Une nouvelle fois, notre pays sera donc un poste-frontière avancé du royaume britannique et devra supporter seul la charge que représente cette immigration incontrôlée et aujourd’hui incontrôlable.

Plus que jamais, il apparaît que le contrôle des migrants passe par une réforme en profondeur de notre politique nationale de l’immigration. Rien ne sera possible sans qu’en amont n’aient été revus les accords de Schengen, qui laissent actuellement les frontières extérieures de l’Europe incontrôlées et, donc, nos frontières nationales grandes ouvertes et largement perméables. Rien ne sera possible, non plus, sans que nous n’ayons mis en place une politique migratoire choisie et quantifiée, à l’instar de ce que font d’autres pays démocratiques dans le monde. Rien ne sera possible, enfin, sans des accords bilatéraux sérieux, responsables et contraignants avec les pays qui sont à l’origine de ces migrations massives.

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