Le président ivoirien, , vient d’annoncer sa décision de ne pas briguer un troisième mandat. Cette posture est saluée par la communauté internationale tout entière dans un contexte où des velléités de révision ou d’interprétation des Constitutions en vue de permettre à certains chefs d’État sortants de briguer illégalement d’autres mandats persistent.

Pour ma part, je voudrais aller au-delà des simples félicitations et me poser deux questions : pourquoi M. Ouattara a-t-il agi ainsi et quels sont les non-dits de cette déclaration ?

Il a certainement eu à prendre cette décision en tenant compte du contexte international où des présidents comme Mohamed Ould Abdel Aziz, de Mauritanie, et José Mário Vaz, de Guinée-Bissao, sont venus confirmer une tendance au respect des dispositions constitutionnelles dont un des beaux exemples a été celui du président Yayi Boni, du Bénin.

On ne peut, non plus, passer sous silence le phénomène , dont l’obstination à toujours se distinguer de ses prédécesseurs et de tourner la page de la Françafrique est visible dans ses actions quotidiennes. Son dernier coup de colère contre le président du Cameroun Paul Biya, sur qui il admet exercer des pressions, et son aversion pour les régimes inamovibles, comme celui du Togo, en font un élément perturbateur soucieux de composer à l’avenir avec des présidents de même génération que lui.

Dans la déclaration de M. Ouattara, certains ont critiqué la maladresse du terme « transférer le pouvoir » en rappelant que, dans un contexte démocratique, seul le peuple décide. La réflexion devrait cependant être plus poussée sur la question.

Ou M. Ouattara a fait un lapsus ou son entourage de conseillers juridiques n’a pas été à la hauteur. Ces hypothèses paraissent cependant peu plausibles, eu égard à la dimension intellectuelle de l’homme. Pour ma part, j’estime que M. Ouattara pourrait ne pas s’être trompé sciemment.

La vérité, peut-être, est que le chef de l’État sortant préparerait son Premier ministre, M. Gon Coulibaly, sur la base d’un scénario à la senghorienne : céder le pourvoir temporairement à son successeur de manière à mieux le préparer aux élections du mois d’octobre et garantir une transition pacifique.

En procédant ainsi, il chercherait à placer quelqu’un qui peut, demain, le ménager et, qui sait, accepter une option de pouvoir tournant, comme l’ont imaginé Poutine et Medvedev en .

La stratégie mise en œuvre pour atteindre cet objectif paraît cohérente.

Premièrement, éliminer tous ceux qui peuvent nuire au successeur potentiel, ce qui, peut-être, justifierait le mandat d’arrêt international lancé à M. Guillaume Soro. À cela s’ajoute la stratégie de musellement de l’opposition en cours. Sans oublier le cas de l’ex-président Gbagbo, qui ne pourrait probablement refouler le sol de son pays avant les élections en tenant compte des arrangements qui pourraient intervenir entre la Côte d’Ivoire et la France, soucieuses, toutes deux, d’éviter que les événements douloureux que le pays a traversés par le passé ne se répètent. Un lobbying de ces deux pays auprès de la Cour pénale internationale n’est pas à écarter.

Deuxièmement, mener une réforme constitutionnelle (le 17 mars a été retenu) introduisant une disposition autorisant le président Ouattara à nommer directement le vice-président, par ricochet son successeur, probablement M. Coulibaly, en vue de le mettre en pole position.

Dans le cadre d’un deal éventuel, ce dernier pourrait aussi, une fois arrivé au pouvoir, le nommer comme vice-président (hypothèse cependant peu probable, vu l’âge avancé de M. Ouattara) pour donner forme au discours entendu auprès de hauts responsables du régime suppliant le président actuel de rester et de mettre son expertise au service de la Côte d’ivoire.

Je crains, pour ma part, que la question de la réunification du pays ne puisse être définitivement réglée avec ces calculs et combines de toute sorte.

Ce pays phare des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont la contribution au PIB total de l’Union est estimée à environ 40 %, gagnerait à s’inscrire dans la stabilité ; tout le monde y a intérêt. Dans cette perspective, nous estimons que la formation d’un gouvernement élargi pourrait contribuer à consolider la paix. Nous pensons aussi que la haute hiérarchie militaire devrait, dans ce contexte de page qui se tourne pour les leaders historiques, rester républicaine et éviter de s’ériger en unique dépositaire des intérêts supérieurs de la nation. Une telle posture entraînerait une rupture de l’ordre institutionnel.

À lire aussi

La relation sino-africaine est-elle viable à long terme ?

L’empire du Milieu, dépourvu de passé colonial en Afrique et observateur dans le mouvement…