Au début étaient les gilets jaunes. In fine, ce conclave de 150 « citoyens » tirés au sort, qui viennent de remettre 149 propositions au gouvernement. Au départ, une jacquerie populaire contre la taxe sur le diesel en particulier et les impôts en général. À l’arrivée, une aimable causerie sur l’environnement ne proposant qu’une énième aggravation de la pression fiscale.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Entre la France d’en bas qui s’inquiète de ses fins de mois et celle d’en haut qui pétoche devant la fin du monde ? Telle est la question que se posera évidemment le « citoyen contribuable ».

Évacuons ces mesures dont même les « tirés au sort » avaient un peu honte : la « semaine de 28 heures ». Vite retirée : « On va passer pour des guignols ! » Vraiment ?

En revanche, est maintenue la limitation à 110 km/h sur les autoroutes, susceptible de permettre « une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre en moyenne sur ces transports et d’économiser 1,4 euro par 100 kilomètres en moyenne sur les coûts des carburants ». Mieux : il est encore question de réduire la place de la voiture individuelle, avec une « amélioration du forfait mobilité durable ».

Une fois que tout le monde ira à bicyclette – surtout les provinciaux, qui devront pédaler quarante kilomètres à l’aller et autant au retour pour aller au boulot –, il convient encore de s’occuper du contenu de nos assiettes et de promouvoir une « alimentation moins animale et plus végétale » et de proposer, au moins deux fois par semaine, des « menus végétariens » dans les cantines scolaires à partir de 2025. Ou de l’art consistant à répondre aux questions que l’ensemble de la population se pose d’urgence, dirons-nous.

Comme si ça ne suffisait pas, faut-il encore qu’après avoir dit aux Français comment vivre afin de devenir de « belles personnes », ces 150 « citoyens » s’en prennent à une Constitution déjà ravaudée à de multiples reprises, juste histoire d’y ajouter le codicille d’« écocide », récemment rejeté par le Sénat, relatif à « toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires, commise en connaissance des conséquences qui allaient en résulter et qui ne pouvaient être ignorées ».

À y bien réfléchir, tout cela n’est pas faux, mais consiste surtout à soigner les symptômes plutôt que la maladie. Car si l’on veut en finir avec le massacre de notre Terre commune, ce n’est évidemment pas au peuple de France qu’il faut s’en prendre, mais à ceux qui le dirigent. À savoir ces multinationales désormais parées de vert, de Tartuffe, qui sont en train de faire de l’écologie un investissement des plus rentables.

Faux derche comme toujours, le MEDEF salue le « sérieux » du travail fourni par cette « », tout en déplorant le « manque de chiffrage des mesures dévoilées ». Plus sérieux, le Rassemblement national et La France insoumise remarquent que, dans ce débat, à aucun moment le nucléaire – pourtant l’énergie la moins carbonée – n’a été évoqué. Du côté de EELV, c’est, en revanche, une satisfaction globale.

Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, quant à elle : « Le président de la République prépare une reconstruction économique, écologique et solidaire. Votre travail sera au cœur du projet. » Nous voilà beaux.

Au fait, qui a soufflé ces brillantes idées à l’oreille de ces 150 braves bougres ? Libération nous en dit plus, le 22 juin dernier : « Les citoyens ont été conseillés par de nombreux experts, qui leur ont aussi apporté un appui pour la retranscription réglementaire de leurs propositions. » Autant dire que, dès le début, le débat aura été confisqué par « ceux qui savent » aux dépens de « ceux qui ne savent pas », pauvres, ahuris qu’ils sont.

Les gilets jaunes, dont l’insurrection avait déjà été subvertie par des mouvements d’ultra-gauche,
sont les premiers dindons de cette farce. Et le reste des Français dans la foulée.

Bien joué, Macron !

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