C’est au général de Gaulle et à André Malraux que je pense, ce matin, en parcourant la liste des nouveaux ministres. À l’un, fondateur d’un régime, incarnation d’une monarchie républicaine assumée ; roi de France sans le titre, endossant son histoire, ses gloires et ses beautés, chantre de la grandeur nationale en dépit de crimes entachant sa mémoire. L’autre, ministre de la Culture, pétri d’art et de littérature, capable d’honorer Jeanne « sans sépulcre et sans tombeau » ; orateur de talent, honnête homme comme on l’aurait dit deux siècles plus tôt. De Gaulle, Malraux. Une France forte, fière, libre aussi. Et maintenant ?

Macron et Bachelot. L’un, issu de la médiocrité des élites mondialisées, sans racines et sans nation, engendré par la ploutocratie qui l’a élu à la tête d’un pays déchu, fait semblant de gouverner. L’autre, ancienne gloire d’un gouvernement dès longtemps oubliée, s’est complu dans la vulgarité médiatique ; compromise dans les rires gras d’un Laurent Ruquier, remaquillée de rose pétard avec une Audrey Pulvar. L’un est chef de l’État, l’autre ministre de la Culture.

L’un symbolise l’effacement de l’État. L’autre incarne l’effondrement de notre culture.

À la place de l’un, nous eûmes d’abord des rois, célèbres ou oubliés, parmi lesquels un saint, quelques génies, un fou et des médiocres ; puis nous eûmes des généraux, des avocats, des universitaires, des polytechniciens, des fonctionnaires et même un financier, fin connaisseur de la littérature française, qui fut, selon le souvenir populaire, l’un des meilleurs. Nous eûmes des génies, des salauds, des petits esprits, des esprits généreux ; nous eûmes Bonaparte et Deschanel, Lebrun et de Gaulle, Poincaré et Mitterrand. Et, hélas, ses trois successeurs ; ceux-là abîmèrent la fonction ; et enfin un fossoyeur, qui semble envoyé spécialement pour achever de détruire ce que la nation a mis quinze siècles à bâtir : l’État.

À la place de l’autre, nous eûmes Malraux. Et avant lui, sans le titre, quelques grands serviteurs de l’art français. Ensuite, personne ou presque. Désormais, la culture française, son art, sa littérature, son architecture, ses traditions, son génie propre, enfin, sont représentés par . Peut-être avons-nous connu pire ; mais le symbole est puissant, l’écrasante indiscrétion de cette dame se suffit à elle-même.

Les autres ne comptent pas. Ils passeront aussi vite que ceux qu’ils remplacent. Leur insignifiance les rend transparents. Darmanin dans le fauteuil de Clemenceau ne mérite pas qu’on s’y arrête. Ils ne gouvernent rien ni personne. Tout au plus tyrannisent-ils la population, avec des normes et des réglementations, avec leur propagande et leur presse aux ordres. Ils ont instillé la peur, domestiqué les Gaulois réfractaires, bâillonné la liberté de parole, enfermé la pensée dans les étroites limites de leurs petits esprits ; ils ont réprimé les opposants, violé la volonté populaire ; ils ont vendu la France à la découpe, l’ont subordonnée au grand machin européiste.

Parce qu’ils ignorent notre histoire, ils sont sans avenir et sans destin. À moins que le leur soit celui du traité de Troyes, qui livrait la France aux Anglais. 1420, année zéro. Un pays aux deux tiers occupé, un roi fou, un dauphin suspecté de bâtardise. La guerre civile et étrangère. Et soudain, au cœur de l’anéantissement, le miracle français. Chacun connaît la suite.

La longue agonie de ce régime à bout de souffle, avec ses Macron, ses Bachelot, ses Darmanin et ses transfuges de tous bords, n’est qu’une épreuve de plus. La France en connaîtra d’autres, la France en a connu d’autres. Contre Zemmour, osons proclamer que la France n’est pas morte.

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