La France a des atouts. Elle a aussi de sérieux handicaps. Avec la crise, sanitaire et économique, que nous traversons, il est encore plus facile de détecter, compte tenu de nos forces et nos faiblesses, les choix prioritaires à effectuer pour conforter et améliorer notre rang au niveau mondial. Une triple stratégie s’impose.

Premièrement, il est capital de bien prendre en compte les ruptures technologiques qui se profilent à moyen et long terme et qui vont entraîner une recomposition des rapports de force industriels et économiques mondiaux. Cela doit être une chance pour nous. Je veux parler d’innovations scientifiques et industrielles majeures comme il en existe une ou deux fois par siècle, à savoir l’intelligence artificielle (IA), le stockage et le traitement des données (data) et l’informatique quantique.

Au sein de ces champs d’investigation d’avenir, qui sont d’ailleurs imbriqués, malgré une certaine avance de la Chine et des États-Unis, la France a plusieurs points forts et rien n’est joué. En intelligence artificielle (IA), elle peut compter sur une école de mathématique, en pointe au niveau mondial, apte à toutes les révolutions ainsi que sur le tout récent supercalculateur Jean-Zay (janvier 2020) qui nous met dans la cour des grands. Sur le plan de l’accumulation des données, « matériaux » de base de l’intelligence artificielle, la France est probablement leader mondial pour les applications de celle-ci dédiées au « B2B » (industrie) grâce à la collecte de data dans ses secteurs d’excellence que sont l’énergie, le nucléaire et l’aérospatial. Cela peut constituer un sérieux contrepoids au leadership de la Chine et des États-Unis dans l’IA « grand public ». Quant aux ordinateurs quantiques, qui déclencheront une rupture technologique plus importante encore que celle apportée par les nanotechnologies, la photonique, les IRM et le laser, la France a tous les atouts pour rattraper la Chine, les États-Unis et le , ayant l’ensemble de la panoplie scientifique adéquate à sa disposition (excellence de notre recherche en physique et intrication quantiques, photonique, calcul quantique et cryptographie) dans un processus qui en est encore au stade de la recherche.

Deuxièmement, notre stratégie de conquête des marchés mondiaux doit évidemment s’appuyer sur nos domaines d’excellence parfaitement complémentaires des secteurs innovants décrits ci-dessus et pour lesquels nous sommes souvent leader mondial ou, tout au moins, dans les top 3 ou 5. Il y a d’abord le nucléaire où, avec la thermofusion nucléaire et la transmutation par laser (prix Nobel décerné au Français Gérard Mourou, en octobre 2018), nous sommes en pointe. Il y a, ensuite, l’aéronautique et l’industrie de défense. Il s’agit également de priorités absolues. La France, traditionnellement performante dans les sciences de la terre, des sols et de la mer, l’est aussi dans la construction (fondations spéciales, bâtiment, ouvrages d’art…). En fait, elle est le numéro un mondial incontesté du BTP. Ceci est doublement intéressant pour l’avenir car : a) cela correspond à un chiffre d’affaires énorme et b) ce marché sera couplé avec des innovations qui l’amplifieront de façon significative – domotique, matériaux composites de construction, recyclage des matériaux… Autre secteur d’excellence hexagonale, connexe au précédent et très stratégique : le traitement de l’eau qui est dominé au niveau mondial par les groupes français. Quant au traitement des déchets, nous sommes en passe de devenir premier mondial. Pour être assez complet dans cette recension de l’excellence française, il faut citer avec une mention particulière la double filière agricole et agroalimentaire où nous sommes 2e européen et 5e mondial.

Troisièmement, notre stratégie de conquête économique mondiale ne doit pas exclure l’activation (ou l’accélération) de grands projets européens de coopération sur des chantiers qui se chiffrent en dizaines de milliards. En revanche, il sera judicieux de sélectionner et privilégier les programmes où le haut degré de qualification de la France est avéré ! Nous en connaissons un certain nombre, totalement fondamentaux sur l’échiquier de la concurrence mondiale : ITER (thermofusion nucléaire préindustrielle), un avion supersonique de transport de passagers, de nouvelles unités de production européenne de semi-conducteurs à taille mondiale ainsi que de microprocesseurs, l’élaboration d’un moteur de recherche pouvant égaler Google et Baidu, la poursuite de la conquête spatiale, la recherche sur le vivant et les biothérapies…

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