Le RN se prépare au pouvoir. À neuf mois des élections européennes qui se tiendront le 9 juin prochain, Jean-Paul Garraud, le chef de la délégation RN au Parlement européen, s’est confié, ce mardi 26 septembre, auprès de quelques journalistes, dont BV. Il fait partie du bureau de campagne qui rassemble les douze membres du Comité exécutif. Le dirigeant RN reste prudent mais ne parvient pas à cacher un optimisme qu’il résume en une phrase : « Avant, on avait un électorat qui savait qu’on allait perdre ; maintenant, notre électorat sait qu’on peut gagner. » Cette conviction ne repose pas seulement sur la dynamique des sondages mais aussi sur les remontées du terrain. Jean-Paul Garraud veut croire à « une nette évolution : chez les retraités, les personnels de l’Éducation nationale, le secteur de la santé, nous ne sommes plus considérés comme un parti extrémiste, assure le député européen. Mais il y a une différence entre le terrain et les élites. » Des élites qui protègent encore leurs postes et leur pouvoir… Parviendront-ils à briser cette vague ? L'ancien magistrat devenu député européen n’y croit pas. « Le mouvement prend beaucoup d’ampleur, constate-t-il. Nous avons désormais trois sénateurs et, partout en France, les votes en faveur de nos candidats au Sénat ont été très supérieurs au dernier scrutin sénatorial. »

Coalition à géométrie variable

Un signe. Le RN et son groupe européen ID (Identité et Démocratie) sont apparus, jusqu’ici, isolés au Parlement européen de Strasbourg, mais le contexte évolue, se réjouit Jean-Paul Garraud. « On observe le même mouvement un peu partout en Europe. Il va y avoir une montée en puissance des courants souverainistes sur tout le continent. » Le RN revendique des contacts avec la Hongrie d'Orbán, la Pologne, la Roumanie, l’Italie bien sûr. En Allemagne, l’AfD (droite nationale) atteint 20 % dans les sondages. L’Europe du Nord évolue très vite dans le sens du souverainisme. À ce stade, alors que la campagne des européennes n’a pas encore vraiment démarré, Jean-Paul Garraud évoque une forme de coalition à géométrie variable entre les élus souverainistes, qui s’agrégeraient (ou non) selon les sujets. Au centre, une poutre maîtresse : « Sur le concept d’État-nation, on se retrouve. Pas de magma informe à la traîne des États-Unis ou de la Chine », tranche Jean-Paul Garraud.

La campagne reposera sur trois axes forts, déjà rodés durant la campagne présidentielle : l’immigration et notamment ce pacte migratoire européen, véritable camisole de force migratoire pour les nations. « On va dénoncer le double discours du pouvoir entre Paris et Bruxelles à ce sujet », précise Garraud. Deuxième thématique, l’environnement et la qualité de vie. La troisième portera sur l’énergie et ses conséquences sur les particuliers ou l’industrie.

Au-delà, le RN va concentrer ses attaques sur le parti au pouvoir. Dans la ligne de mire, le double discours macroniste en France et à Strasbourg. Et les promesses non tenues. Voilà deux ans, Macron avait promis 10.000 gardes-frontières supplémentaires en Europe, rappelle par exemple Jean-Paul Garraud. « Où sont-ils ? On a plutôt recruté des officiers de droits fondamentaux ». Précisions que l'échéance fixée par le président de la République pour le recrutement de ces 10 000 garde-frontières était fixée à 2027. Il reste à Macron quelques années pour tenir sa promesse mais il n'a pas montré jusqu'ici de grande précipitation.

Élection de mi-mandat

Face au RN, Macron incarnera « l’archétype de ce mondialisme » technique, détaché de tout sentiment patriotique. « Jordan [Bardella] l’a rencontré douze heures [lorsque le président de la République a rencontré les chefs de parti fin août, NDLR], raconte Jean-Paul Garraud. Il a vu quelqu’un passionné par l’international mais qui, sur le plan national, n’a pas d’affect et ne perçoit pas les choses. » Emmanuel Macron a été élu à l’Élysée mais, comme bien d’autres avant lui, il préfère les ors des voyages à l’étranger aux sifflets qui accompagnent ses sorties auprès de ses électeurs. Garraud voit dans ce scrutin la seule élection avant les présidentielles, une sorte d’élection de mi-mandat, a priori mobilisatrice. Mais il a une crainte persistante : « Il faut que nos concitoyens aillent voter », dit-il. Face à une Macronie usée par le pouvoir et à une NUPES décrédibilisée, l’abstention reste le principal obstacle du RN.

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26 septembre 2023 à 18:36

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42 commentaires

  1. Face à l’ensemble des macronistes et des gauchistes, le RN ne gagnera pas grand chose. C’est une liste concertée et unique des partis de Droite qui pourra l’emporter, seulement. En 2024 cela fera exactement 50 ans que je vote à Droite (Tixier Vignancourt aux présidentielles). J’ai toujours perdu et j’en ai un peu marre, il bien le dire. Si les droites vont en listes dispersées aux Européennes, je m’abstiendrai. Nous ne votons pas pour gagner une barre de nougat, nous voulons des gens qui nous représentent. Que le RN prenne ce facteur en compte et qu’il modère son égo; cela fait partie des sacrifices que l’on doit à la France.

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