Christophe Castaner, ou la difficulté d’exister. Du temps où il exerçait ses talents, Place Beauvau, il accrochait la lumière médiatique et on parlait de lui, pas toujours en bien, certes, mais il avait le sentiment d’exister. Les auront été sa grande affaire. Très en verve, il dénonçait « les séditieux qui ont répondu à l’appel de Marine Le Pen », avant de les accuser d’avoir pris d’assaut l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, alors qu’ils ne faisaient que s’y réfugier afin d’échapper aux violences policières. Pour faire bonne mesure, il décorait même des policiers se trouvant sous le coup d’une enquête pour « violences » perpétrées à l’égard de ces mêmes gilets jaunes, administrant au passage un assez bel exemple de désordre républicain.

C’est donc sans surprise que Christophe Castaner n’est pas conservé à son poste lors du remaniement ministériel de juillet dernier. Mais comment le recaser, sachant qu’il est l’un des premiers compagnons de route du parti présidentiel ?

La suite est connue : à défaut de mission dans les pôles, sur les traces de , ce sera la présidence du groupe LREM à l’Assemblée, là où les pingouins en tous genres ne manquent pas et où le climat n’est pas toujours clément. Pourtant, un détail, manifestement, lui échappe, puisqu’il laisse Richard Ferrand, titulaire du perchoir, faire campagne à sa place, pendant qu’il juge plus pertinent de rester en vacances en . Résultat ? Il connaît l’humiliation d’un second tour, face à l’impayable Aurore Bergé, alors qu’il est le candidat quasi officiel du Château ; ce qui donne une idée assez juste de la manière dont son locataire tient ses troupes. D’ailleurs, l’ancien ministre de l’Intérieur tient-il les siennes, c’est toute la question ?

Ainsi, dès le 6 octobre, le festival commence, comme à l’Alpe d’Huez où, chaque année, sont primées les meilleures comédies du mondial. Et là, force est de reconnaître que, pour une fois, la tient son rang. Sur le retour temporaire des néonicotinoïdes, ces insecticides redoutables pour les abeilles, les marcheurs ne parviennent pas à accorder leurs violons, tandis qu’ils votent en masse sur l’allongement du délai légal de l’ de douze à quatorze semaines, contre l’avis… du gouvernement.

Cerise sur le pompon : ils ne sont que 44 députés, au lieu des 78 prévus, dans l’Hémicycle pour proroger l’état d’urgence sanitaire. Du coup, leurs collègues des Républicains en profitent pour l’avancer à la mi-décembre, tandis que les troupes castanériennes sont obligées de revenir voter en deuxième semaine afin que le texte gouvernemental soit adopté. Ce qui fait dire à l’un de ces proches, cité par L’Opinion de ce 10 novembre : « Quand il y a un problème, Christophe Castaner met les gens autour de la table plutôt que de mettre la poussière sous le tapis. Il récupère un groupe abîmé, mais il le fait très bien. » Ce qui amène aussitôt la question qui tue : qu’est-ce que ce serait, s’il le faisait mal…

En attendant, et ce, encore selon les mêmes sources, le malheureux serait « mal à l’aise avec son passé de ministre de l’intérieur » et ne voudrait pas « entrer dans un jeu où il mettrait en difficulté son successeur à Beauvau ». Il est vrai que le texte sur le « séparatisme » porté par a été préparé par Christophe Castaner. Deux cerveaux aussi brillants pour un sujet d’une telle ampleur, ce n’est effectivement pas de trop.

Pour tout arranger, ayant été testé positif, sa rentrée vient d’être retardée pour cause de coronavirus. Comme quoi il n’y a pas que du négatif, chez lui. Bref, Christophe Castaner est en proie à la solitude, attendant probablement, tel le défunt Johnny Hallyday, que quelqu’un vienne l’aimer ici ce soir. En d’autres termes, il se sent confiné. Une cellule de soutien psychologique s’impose.

10 novembre 2020

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