Les commémorations de la Commune de Paris ont commencé cette semaine. Et de cet épisode peu connu de l’Histoire de , Anne Hidalgo, qui délaisse de plus en plus la capitale (mais, au fond, n’est-ce pas une bonne nouvelle ?) pour ce qui ressemble furieusement à un début de présidentielle, entend bien réaliser une captation d’héritage. Le conseiller de Paris Rudolph Granier confiait ainsi au quotidien 20 Minutes : « Ne perdons pas de vue qu’il y a un aspect très politique derrière tout ça. Anne Hidalgo se sert de la Commune de Paris pour ressouder sa majorité. » Elle a ainsi confié à Laurence Patrice, membre du PCF et chargée, pour la ville de Paris, de la mémoire et du monde combattant, le soin d’organiser les festivités.

Le lancement des célébrations s’est tenu le 18 mars dernier sur la butte de Montmartre, lieu historique et emblématique de la Commune. Et, comme il fallait s’y attendre, la cérémonie s’est tenue en petit comité, et en toute  : de l’autre côté de la barrière policière déployée ce jour-là, des manifestants d’extrême ont traité Anne Hidalgo et ses adjoints de « versaillais » et déployé des banderoles affichant leurs slogans habituels « démocratie directe », « réquisition citoyenne », raconte .

Une mémoire brouillée, une époque mythifiée dont on écarte soigneusement l’épisode patriotique qui en est l’origine : la gauche parisienne reste ainsi fidèle à sa réputation. On omet également de dire que l’insurrection de la Commune de Paris trouve son origine dans le rejet d’un gouvernement de la nationale élu démocratiquement, dans une république renaissante. La vérité historique oblige à dire que Thiers, en réprimant la Commune dans le sang, a ainsi sauvé la république des velléités de restauration de la . Il n’a pas eu le cas de conscience de Louis XVI qui refusa de faire tirer sur son peuple… Anne Hidalgo, en s’appropriant le libertarisme, le laïcisme, le féminisme, bref, toutes les utopies que l’expérience communarde a essayé de réaliser, pratique sans vergogne l’anachronisme autant que la cécité historique.

Faut-il commémorer la Commune ?

Assumer tout l’héritage historique de la France, ses horreurs comme ses périodes de gloire et de grandeur, oui. On ne morcelle pas son héritage.
Mais célébrer une guerre civile où des adversaires des deux camps et membres d’un même peuple furent indistinctement massacrés, certainement pas. Et encore moins à l’heure où la société française, exténuée et fracturée, peine à conserver son identité et son unité. Rappelons que sous la Commune, Monseigneur Georges Darboy, mais aussi de nombreux religieux, ou encore des généraux – citons le général Lecomte -, furent massacrés. L’idéal laïque de la Commune n’est que le nom d’un anticléricalisme qui s’est exercé à l’époque dans la violence.

Le syndicaliste Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC, a écrit une tribune très éclairante sur ce sujet dans les colonnes de Valeurs actuelles. Il conclut : « L’apologie d’une haine fratricide […] encourage la mortelle illusion que seul l’usage de la force brutale par une minorité peut provoquer un vrai changement . Funeste doxa, engendrant toujours de ces criminels assoiffés de guillotine et de goulag. Le 18 mars, je penserai à ces deux mille marins du Petropavlovsk exécutés il y a cent ans, […] sur ordre d’un fils spirituel de la Commune nommé Léon Trotski. »

On ne saurait mieux dire pourquoi célébrer une guerre civile est toujours périlleux. Surtout en ce moment.

20 mars 2021

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