Il y a de cela très longtemps, dans une très très lointaine galaxie, les metteurs en scène français savaient encore faire du véritablement dérangeant. Bien sûr, c’était avant que le capitain.e Marleau ne se mette à oilpé lors de la dernière cérémonie des César. Cela, Miou-Miou l’avait fait dans Les Valseuses de Bertrand Blier avec autrement plus de classe, en 1974. Et tant qu’à critiquer la française d’alors, Yves Boisset s’en était déjà chargé avec son Dupont Lajoie, l’année suivante.

 

Ce dernier film fut très critiqué, surtout à droite et à la droite de la droite, car tenu pour manifeste anti-français. À la revoyure, la chose est plutôt équilibrée, faisant la part belle aux Pieds-noirs et traitant plus de la lâcheté humaine que du seul « systémique », tel qu’on dirait aujourd’hui.

 

La Traque, de Serge Leroy, sorti la même année, participe de ce même cinéma. Depuis longtemps invisible, le voilà désormais réédité en nos contrées, par la grâce de ces nobles artisans de la société au si joli intitulé : Le Chat qui fume.

 

Au fait, de quoi s’agit-il ? On peut déjà y voir une sorte de réplique française des mythiques Chiens de paille de Sam Peckinpah, film sorti en 1972, puisque narrant là encore les mésaventures de gens de la ville, perdus en une campagne pas forcément accueillante.

 

En la circonstance, c’est la plus que jolie Mimsy Farmer qui s’y colle, dans le rôle d’une touriste aussi anglaise qu’évaporée et désireuse d’acheter une jolie ferme solognote. Pas de chance pour elle, elle croise la route de quelques chasseurs. Elle est belle et l’un d’entre eux est ivre. Il la viole en douce. Elle se sauve. Elle veut parler. Il n’en est pas question. Que vont faire les “amis” du satyre ? Le dénoncer ? Il n’en est pas plus question. Trouver un arrangement à l’amiable, pourquoi pas ? Mais plus le film avance et moins cet arrangement est d’actualité. Ensuite, l’engrenage, la traque au gibier humain… Mais avec toutes les questions qui se posent : dire ou ne pas dire ? Assumer le drame ou le dissimuler ? Aller ou non en prison ? Renoncer à toute forme de vie sociale par honnêteté ou, plus simplement, glisser la poussière sous le tapis et abandonner le corps dans les marais ?

 

Et c’est là qu’à partir de ce qui pourrait être un simple fait divers, Serge Leroy met en scène un film âpre et sombre. Jamais il ne juge ses protagonistes ; il décrit, seulement. Car dans cette affaire, les chasseurs ont tous quelque chose à y perdre, se tenant tous plus ou moins, chacun comptant sur l’autre pour assurer une carrière à venir ou une réputation à préserver. Comme Dupont Lajoie, encore un autre film sur la lâcheté et les faiblesses humaines…

 

Cette Traque aurait pu être pesante et démonstrative, elle ne l’est pas. Peut-être parce que les “traqueurs” ont les visages de Jean-Pierre Marielle, Michael Lonsdale, Robin, Jean-Luc Bideau, Philippe Léotard et Jean-Luc Bideau, chacun jouant à merveille sa partition. Peut-être aussi parce que la Sologne n’a jamais été aussi bien filmée et que Mimsy Farmer n’est finalement jamais qu’une intruse sur une terre qui ne pouvait devenir sienne. Bref, c’est du version gore. Et un chef d’œuvre à découvrir ou à redécouvrir, aussi.

 

Les éditions du Chat qui fume refusant de céder aux sirènes de la grande distribution, cette pépite noirâtre n’est disponible que sur le site de cette maison qui vient tout juste de fêter ses dix ans d’existence.

 

20 mars 2021

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