Il y a, dans nos vies, des coïncidences étranges, plus ou moins drôles. Ce fameux 30 avril 2020, alors qu’Éric Zemmour se faisait insulter en rentrant chez lui, il m’est arrivé la même chose, devant chez moi, avec ma famille, quasiment à la même heure. Dans des circonstances et par un individu comparables à l’agresseur d’Éric Zemmour. Nous avons dû nous réfugier chez nous et vite fermer le portail, car l’agresseur s’est précipité vers nous et s’est mis à taper sur notre boîte à lettres, déversant insultes et menaces.

Nous appelons immédiatement le 17. On me demande de déposer une pré-plainte sur Internet. Ce que je fais. Je signale le danger, les risques, et je précise que nous tenons à pouvoir sortir de chez nous sans être insultés ni menacés. Pré-plainte sur Internet, Monsieur.

Le lendemain, vendredi 1er mai, moins de 24 heures après la première agression, nouvelles insultes, dans notre rue, alors que nous effectuons notre sortie de l’après-midi. De nouveau le 17. On me dit qu’on envoie une patrouille. Elle arrivera un quart d’heure plus tard, l’agresseur ayant quitté la rue. Je refais mon rapport, à l’oral. Le sympathique policier m’explique leurs difficultés et me demande s’il y a eu agression physique. Non : l’individu tape sur la boîte à lettres et se dirige vers nous le lendemain en vous menaçant. C’est tout…

Je n’aurai pas, comme Éric Zemmour, de coup de fil d’, tout comme des millions de Français anonymes qui subissent cela quotidiennement depuis des années. Et je n’en veux pas. Je me réjouis des élans de solidarité en sa faveur, malgré les cinquante nuances de gris dans les précautions oratoires prises par certains dans leurs condamnations, depuis le gris sombre Askolovitch jusqu’au gris pastel de Valérie Pécresse. Cette onction inattendue, après celle des audiences de ses livres et de ses émissions, de la part d’une classe politique et médiatique pour laquelle il fait figure de repoussoir, constitue une nouvelle étape dans l’irruption du désastre sécuritaire, soigneusement camouflé, dans la lumière du débat public. Éric Zemmour est devenu un symbole. Le symbole de toutes ces plaintes, pré-plaintes qui débouchent rarement sur des sanctions. De toutes ces victimes sans voix qui, elles aussi, auraient droit à ce que les parquets daignent prendre en considération les agressions qu’elles subissent.

C’est dire à quel point les millions d’Éric Zemmour anonymes attendent plus qu’un coup de fil médiatisé de la part de ce Président ou du suivant. Là aussi, Emmanuel Macron va devoir se réinventer d’urgence. Urgence ? Ça tombe bien. Le gouvernement veut proroger l’état d’urgence sanitaire pour deux mois, jusqu’au 24 juillet, au nom des 25.000 morts du Covid-19 et pour protéger les futures victimes potentielles. A quand la même audace pour l’état d’urgence sécuritaire, au nom de tous les Zemmour anonymes, d’hier et de demain ?

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