La révolte gronde-t-elle chez les catholiques, privés de messe depuis la mi-mars, et semble-t-il jusqu’au 2 juin ? En dépit des déclarations lénifiantes de certains prélats, c’est l’incompréhension qui règne, voire la colère chez les fidèles. Une attitude dénoncée par de nombreux Français, pour qui tous les cultes doivent être soumis à la même règle.

Où est le problème ? Rien n’empêche les catholiques de vivre leur foi, de prier, de lire l’Evangile, et même -miracle d’Internet, de regarder la messe en direct, sur l’écran de leur ordinateur. Le problème ? il tient à une spécificité – évidence autrefois, anomalie de nos jours.

Pour ceux de nos lecteurs qui ne le savent pas, les catholiques ne vont pas à la messe seulement parce que c’est une obligation religieuse. Ils le font avant tout parce que, selon leur foi, la messe est le rassemblement au cours duquel le prêtre consacre le pain et le vin, qui deviennent alors corps et sang du Christ. À la messe, ils adorent Dieu et le reçoivent – c’est la communion. Cela faisait railler Voltaire, et après lui tous les sceptiques. Peu importe. C’est, dans notre société démocratique, un droit absolu que même la très laïcarde loi de 1905 reconnaît en son article 1er.

Le protestant prie seul ; le juif respecte les prescriptions de la Loi ; le musulman prie partout. Le catholique aussi, mais il est privé de l’essentiel à ses yeux. Ainsi, et parmi les croyants des diverses religions, les catholiques (et les orthodoxes, qui partagent ce dogme de la présence réelle du Christ) sont les seuls empêchés de vivre totalement leur foi.

Passons sur la justification sanitaire. Une église est un lieu où règne la discipline. Les fidèles y sont assis, calmes et recueillis. En fait de justification, faut-il y voir, comme le suggérait Bernadette Sauvaget dans Libération le 23 avril, une conséquence de l’égalitarisme républicain ? « Les revendications épiscopales risquent de se heurter au fait que la grande fête musulmane de l’Aïd-el-Fitr, célébrant la fin du mois de ramadan, aura lieu à partir du 23 mai. Il est peu probable que le gouvernement autorise la reprise du culte catholique tout en maintenant les mosquées fermées pour ce rendez-vous très important aux yeux des fidèles musulmans. »

En effet, dans notre société laïque, comment accepter que les catholiques bénéficient du culte public sans en faire autant pour toutes les religions ? Or, les conditions de distanciation sociales sont plus faciles à respecter dans une église que dans une fête musulmane, chacun l’imagine.

Le Parti Chrétien-Démocrate et d’autres associations ont introduit un recours judiciaire à l’encontre de cette évidente discrimination. Les spécialistes en droit public en débattront. Sans illusions cependant : le Conseil d’État risque de débouter sèchement les requérants. La Conférence des évêques s’est fendue d’un communiqué qui déplore sans déplorer, marqué du légalisme républicain le plus servile. Certains d’entre eux se sont néanmoins manifestés avec vigueur, comme Mgr Rougé, évêque de Nanterre, ancien aumônier des parlementaires : autant dire qu’il connaît le milieu. Ses mots sont sans concession : anticléricalisme, et absence de toute vie spirituelle de nos gouvernants. Il a raison.

Que faire alors ? Sans aucun doute serait-il opportun qu’encouragés discrètement par leurs évêques, de nombreux prêtres diocésains invitent, par petits groupes, leurs fidèles à assister à la messe dominicale à effectif restreint. Aux termes de la loi, le curé est chargé de la police du culte dans son église. Il est seul responsable de ses actes et en répond.

Reste à obtenir de nos évêques une telle initiative. Certains sont y sont prêts. Inutile de les nommer. Ils se reconnaîtront. Mais ils doivent rappeler, et le font déjà, que pour les catholiques l’assistance à la messe dominicale n’est pas qu’un devoir. C’est un droit absolu, et une nécessité vitale sur le plan spirituel. À moins de considérer que l’ouverture des magasins de bricolage -le dimanche- est prioritaire. A eux d’en tirer les conséquences.

3 mai 2020

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