« Combien de femmes portent le burkini, vous le savez ? » C’est vrai ça, en fait, on n’en sait rien. Moins, sans doute, pour l’instant, que de femmes portant le monokini ; plus, peut-être, que d’hommes, pour l’instant, portant le bikini. Sur la plage, s’entend, bien sûr. Pour faire ses courses chez U ou Leclerc, c’est moyennement pratique et l’on risque de prendre froid au rayon frais. On n’a pas les statistiques, mais comme ça, à vue d’œil, c’est la tendance qui se dégage : le reste anecdotique sur nos plages, dans nos piscines. Pour l’instant.

Donc, est-ce bien la peine d’en débattre à la chambre haute ? Et en voulant inscrire son interdiction dans la loi, ne risque-t-on pas de pousser les musulmans hors d’eux et de la République. C’est le sens de la question de Mme Esther Benbassa, sénatrice EELV : « Combien de femmes portent le burkini, vous le savez ? » En creux, dans cette question, il y a cet argument : comme peu de femmes portent le burkini, pourquoi vouloir légaliser son interdiction ? On pourrait répondre qu’aujourd’hui, on fait tellement de lois pour répondre aux exigences des minorités de tout qu’on peut bien imaginer, de temps en temps, une loi pour contrer les revendications que la majorité a encore le droit de considérer comme excessives et, pour tout dire, contraires au mode de vie de ce pays.

Mais on peut décliner la question d’ de mille façons. Par exemple : « Combien d’hommes sont polygames, vous le savez ? » Là, pour le coup, on a quelques chiffres. Alors que cette pratique est illégale en France, il y avait cependant, environs 20.000 foyers polygames en 2006, selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), contre 10.000 en 1995. 20.000, c’est combien de personnes, au total : 200.000, 300.000 ? 180.000, toujours selon la CNCDH. Une paille, sur une population de 67 millions d’habitants. Alors, pourquoi s’acharner sur ce phénomène minoritaire, d’autant que c’est leur choix, on imagine ? Pourquoi s’acharner et, donc, pousser au séparatisme ?

Et puis – changeons de registre -, combien de femmes et d’hommes se baladent à poil dans la rue, vous le savez ? Pas beaucoup, par chez moi. Par chez vous, non plus, j’imagine. Tant pis, tant mieux, ça dépend. Vous me direz, c’est interdit par la loi, même si, pour défendre une noble cause – si l’on en croit la jurisprudence Corinne Masiero -, cela peut se plaider désormais. Et puis, une loi, c’est comme une robe, un costume ou une chemise : cela peut se changer.

Maintenant, on ne peut que déplorer qu’en France, aujourd’hui, on en soit réduit à la nécessité de légiférer sur des sujets qui devraient aller de soi dans un pays réputé de haute civilisation.

Mais puisque aujourd’hui, on parle chiffon, le lecteur doit savoir qu’en Angleterre, depuis 1313, les membres des Communes n’ont pas le droit de revêtir une armure dans l’enceinte du Parlement. Et qu’en France, une ordonnance du préfet de du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) interdisait aux femmes le port du pantalon, ordonnance qui n’a jamais été formellement abrogée.

D’ailleurs, le 12 juillet 2012, cette ordonnance fut l’objet d’une question écrite d’Alain Houpert, bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire, au ministre du Droit des femmes. Le sénateur de la Côte-d’Or fit remarquer que, si cette interdiction avait « été partiellement levée par deux circulaires de 1892 et 1909 autorisant le port féminin du pantalon “si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d’un cheval” », elle n’avait jamais été abrogée. Le ministère lui répondit : « Cette ordonnance est incompatible avec les principes d’égalité entre les femmes et les hommes qui sont inscrits dans la Constitution et les engagements européens de la France, notamment le Préambule de la Constitution de 1946, l’article 1er de la Convention et la Convention européenne des droits de l’homme. De cette incompatibilité découle l’abrogation implicite de l’ordonnance du 7 novembre qui est donc dépourvue de tout effet juridique. »

Sur ce principe, les hommes peuvent donc, pour l’instant, porter le burkini. Oui, on appelle ça des hommes-grenouilles.

1 avril 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.