Dimanche soir, match à haut risque, le fameux « clasico » qui oppose les deux frères ennemis de la Ligue 1 OM et PSG. A priori, un événement propice à faire jaillir des étincelles, et pas que sur le terrain avec les exploits des joueurs. Mais visiblement, vous qui me lisez, et moi-même, sommes des extralucides, des devins, les enfants spirituels de Madame Soleil : eh oui, nous avions deviné qu’il y aurait probablement des débordements, des frictions entre supporters, que les mesures sanitaires passeraient vite à la trappe derrière les enjeux sportifs et la rivalité entre « tifosi ».

Mais nos médias et politiques, non : lundi matin, sur toutes les chaînes info, tous étaient abasourdis de voir les Marseillais chanter et danser les uns sur les autres, fêter leur victoire sans et se soucier des gestes barrières comme de leur première paire de chaussettes. Ils pensaient sans doute que la première victoire des Olympiens sur leurs frères ennemis depuis neuf ans allait laisser de marbre la jeunesse phocéenne, qu’elle resterait recueillie religieusement à écouter les conseils de Véran. Mieux encore : le ministre des Sports Mărăcineanu s’est dite suffoquée par les banderoles des supporters : « OM-PSG : 9 ans de sodomie », a-t-elle pu lire sur l’une d’entre elles, brandie par les fan du PSG. Des propos honteusement homophobes, a-t-elle décrété illico, qui l’ont profondément choquée. Car Mme Mărăcineanu croit peut-être que les stades de foot sont des annexes des salons parisiens ? Elle n’a pas remarqué, depuis deux ans qu’elle est ministre, que les stades sont les arènes où le peuple vient se défouler et oublier ses soucis après une semaine de travail et de contraintes. Eh bien, même au stade, il lui faut désormais respecter les gestes barrières, la bienséance dans les propos, le politiquement correct. Le caractère soi-disant homophobe de la banderole n’est même pas flagrant, sauf à ce que la moindre allusion à des pratiques pouvant concerner les homosexuels (en l’occurrence, celle décrite présentement n’est pas leur exclusive) ne soit désormais prohibée. Il aura donc suffi de quelques propos vulgaires pour que Mme le ministre ne s’étrangle.

Heureusement qu’elle n’est pas ministre de la Culture : comment aurait-elle réagi à ce plug anal géant vert caca d’oie qui fut, un temps, exposé place Vendôme ? N’aurait-elle pas trouvé cette « œuvre d’art » homophobe ? Le ministre de la Culture de l’époque, lui, n’avait pas vu de mal à cela, il avait même trouvé cela très beau – et il était sans doute le seul dans ce cas.

Les agressions d’homosexuels dans Paris et les grandes villes, qui se multiplient sans qu’il ne faille surtout en chercher la cause ni désigner les responsables, la dérangent beaucoup moins. Le lynchage de la jeune fille par quatre voyous, l’autre jour, les meurtres sauvages du conducteur de bus bayonnais, du pompier du Val-d’Oise et tant d’autres crimes orduriers n’ont jamais ému publiquement Mme le ministre. Mais les éternels sarcasmes graveleux entre supporters la scandalisent : comme quoi nos dirigeants sont bien éloignés des mœurs de leur peuple, et encore plus de ses préoccupations !

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