[LE GÉNIE FRANÇAIS] Quand Paris, la Ville lumière, était la capitale du monde
XIXe et XXe siècle. Belle Époque*, Art nouveau, Années folles*, Art déco : c’est l’âge d’or, pour la France, où Paris rayonne sur la planète par ses progrès techniques, ses arts et ses plaisirs. De la lumière aux ténèbres…
Faut-il tirer un trait sur ce beau passé ? Quand on arpente aujourd’hui les rues de Paris, entre trottoirs sales, incivilités répétées et scènes de violence nocturne qui défraient la chronique, il est tentant de réduire la capitale à une image de déclin. Les reportages sur les « nuits parisiennes » qui basculent dans la sauvagerie, les témoignages de parents renonçant à laisser leurs enfants sortir après vingt heures alimentent une perception désenchantée.
Paris, laboratoire du génie français
Pourtant, cette vision contemporaine ne doit pas occulter une vérité historique : pendant près de deux siècles, Paris a été bien plus qu’une simple métropole. Mais comment Paris est-elle devenue la « Ville lumière » ?
L’histoire commence bien avant la Belle Époque. En 1665, sous Louis XIV et Jean-Baptiste Colbert, 6.500 points d'éclairage sont installés dans Paris grâce à des lampes à huile, souvent placées dans des lanternes en verre et en métal – le gaz arrivera sous la Restauration. Il s’agit d’instaurer plus de sécurité pour les habitants et de faire diminuer la forte criminalité dans les rues sombres. C’est une première. Des Anglais auraient qualifié Paris de City of Lights. Le roi comprend que la puissance d’un royaume repose autant sur l’industrie que sur les armes. Les manufactures royales se multiplient : les Gobelins, Saint-Gobain ou encore les ateliers de Sèvres doivent démontrer la supériorité du savoir-faire français.
L’expression « Ville lumière » désigne aussi un phénomène plus vaste : la capacité française à concentrer dans une même ville les arts, les sciences, les techniques et l’industrie. Pendant près de trois siècles, Paris sera le laboratoire du génie français.
Haussmann et le nouveau tissu urbain
Aucun rapport avec les Lumières de la philosophie du XVIIIe, même si elles lui donnent une influence intellectuelle sans équivalent. C’est au siècle suivant que la ville entre véritablement dans la modernité. Le préfet Haussmann transforme en profondeur un tissu urbain encore largement médiéval. On retient les nouveaux immeubles et l’élargissement des grands boulevards ; on oublie souvent l’essentiel : l’eau potable, les égouts, les parcs, les infrastructures qui font alors de Paris l’une des villes les plus modernes du monde.
Les Expositions universelles constituent la vitrine du génie national. Celle de 1855 attire déjà les foules. En 1881, c’est la première exposition internationale d’électricité qui rencontre un immense succès. Celle de 1889, organisée pour le centenaire de la Révolution française, offre au monde la tour Eiffel. Beaucoup d’intellectuels la jugent monstrueuse. Guy de Maupassant prétend même déjeuner dans son restaurant parce que c’est le seul endroit de Paris d’où il ne la voit pas. Pourtant, cette prouesse de métal devient rapidement le symbole de la France industrielle.
Lumière et cinéma
Les expositions révèlent aussi des innovations aujourd’hui oubliées. En 1900, Paris accueille près de cinquante millions de visiteurs. On découvre au Grand Palais et au Petit Palais des trottoirs roulants, des moteurs électriques, des projections géantes et des démonstrations qui annoncent le siècle nouveau. La France ne se contente pas alors d’exposer les inventions : elle en produit beaucoup. Les frères Lumière – c’est leur vrai nom – inventent le cinéma ; Clément Ader, lui, « invente » l’aviation en réalisant des expériences aéronautiques pionnières ; Louis Blériot traverse la Manche en avion en 1909. Paris devient un centre mondial de l’innovation technique autant qu’artistique.
Belle Époque et Années folles
Cette effervescence atteint son apogée durant la Belle Époque, une période de paix et de prospérité en Europe (1871-1914), puis dans les Années folles (1920-1929) de l’entre-deux guerres marquées par le jazz et les cabarets où le French Cancan captive les visiteurs du monde entier. Montmartre attire peintres, écrivains et chansonniers. Toulouse-Lautrec, Picasso, Modigliani ou Utrillo y travaillent. Puis le centre de gravité culturel se déplace vers Montparnasse, où se croisent artistes russes, italiens, américains ou polonais. Peu de villes, dans l’Histoire, ont incité autant de talents à venir de partout.
À l’Art nouveau (1890-1910), mouvement artistique en réaction à l’industrialisation, succède l’Art déco (1920-1940), en réaction au premier après la Première Guerre mondiale.
Paris est alors plus qu’une capitale française : elle est une capitale universelle. La haute couture y fixe les goûts du monde. Ses cafés servent de bureaux aux écrivains. Ses théâtres lancent les modes. Ses laboratoires scientifiques rivalisent avec les meilleurs d’Europe.
Le choc des deux guerres
Le choc des deux guerres mondiales affaiblit cependant cette suprématie. Après 1945, le centre de gravité économique, financier et technologique bascule progressivement vers les États-Unis. New York remplace Paris comme capitale culturelle occidentale. Londres retrouve sa puissance financière. Plus tard, la révolution numérique prend corps essentiellement en Californie.
Le déclin de Paris doit toutefois être nuancé. La ville demeure l’une des premières destinations touristiques du monde, un centre diplomatique majeur et une capitale culturelle de premier plan. Mais l’époque où elle dictait presque seule les tendances artistiques, scientifiques et intellectuelles semble révolue.
De la lumière aux ténèbres
Avec l’Art contemporain, la lumière s’éteint. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre quelques exemples. Passons sur les colonnes de Buren, puis les graffitis et les tags ou le street art soutenu par le ministre socialiste de la Culture lui-même, Jack Lang ; et citons l’immonde sculpture d’Anish Kapoor, « Le Vagin de la Reine » dans le parc du château de Versailles, finalement vandalisée ; le scandale du plug anal, le Tree (arbre) de Paul McCarthy, également saccagé, suivi d’une énorme installation gonflable vert fluo qui s’étale sur la très chic place Vendôme. Toutes ces provocations appelées œuvres n’auraient intéressé personne si elles avaient été installées en pleine campagne. Mais il fallait bien l’écrin des lieux qui, eux, ont participé à la splendeur de la Ville lumière. Le sommet du déclin a peut-être été atteint avec la cérémonie des Jeux olympiques de 2024 qui a choqué tant de pays !
* Lire Benoît Duteurtre, auteur du Dictionnaire amoureux de la Belle Époque et des Années folles (Plon, 2022)
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22 commentaires
Monsieur Macron aura-t-il la curiosité de lire ce bel article ? Lui qui ne veut voir la culture française, sera-t-il sensible à ce que fut et est encore la Capitale du Pays ?
Le responsable n’est pas Macron (que je ne soutient pas) mais la gauche qui a pris la gestion de la capital avec Delanoë , et de Mitterrand en 1981, depuis les lumières de la villes s’éteignent une a une ; nous avons eu droit a la constructions d’édifices qui maintenant commence a s’écrouler ; grande Arche , des plaques de revêtement tombent de temps en temps et Opéra bastille ou la aussi les façades sont a revoir ainsi que l’intérieur.
Ne parlons pas de la Grande Bibliothèque dans le XIII qui est un fiasco complet.
Quand a Macron c’est un pure produit des officines américaine qui veulent voir disparaitre toutes les cultures Européennes pour les remplacés par la culture et la langue américaine.
Beaucoup de touriste étranger ne font qu’un passage rapide pour voir certains grand monuments et partent vite pour dans autres capitales étrangère ou grande villes de province pour finir leur séjour en Europe , malgré les « chiffres » Paris n’attire plus vraiment . Il ni y a qu’a voir les déchets de toutes sortent dans les rues de la capital , quelques soit l’arrondissement pour comprendre une partie du problème , après ce sont les incivilités d’une « partie » de la population , l’insécurité et les trafiques en tout genre en augmentation.
Même les parisiens de souche (plusieurs générations) quittent la ville a regret , dégoutés par ce qu’elle est devenue.
Paris actuellement la capitale des rats à 2 et à 4 pattes.