Montségur en danger, un ex-château cathare à sauver
Le patrimoine a encore besoin de vous ! Tel pourrait être le slogan de la Fondation du patrimoine, à l’instar de l'Oncle Sam appelant les Américains à la mobilisation générale. En effet, l’association qui œuvre depuis des années à la bienvenue sauvegarde de tant de nos monuments historiques vient de lancer une nouvelle campagne nationale de dons destinée à financer une première phase de restauration du château et du pog de Montségur, en Ariège. Cette mobilisation s'inscrit dans le vaste projet de sauvegarde de l'un des sites médiévaux les plus emblématiques de France, confronté à une dégradation progressive de ses vestiges. Bâti sur un piton rocheux culminant à plus de 1.200 mètres d'altitude et constamment exposé aux intempéries, le monument présente aujourd'hui d'importantes fragilités. Comme le rappelle la Fondation du patrimoine, « sans intervention rapide, une part irremplaçable du patrimoine médiéval disparaît ».
Le programme de restauration représente néanmoins un investissement conséquent, estimé à près de 2,7 millions d'euros. Les premiers travaux concerneront la consolidation et la sécurisation du donjon, dont certaines maçonneries présentent un risque de rupture, ainsi que la restauration des terrasses de l'ancien castrum. La lutte contre les infiltrations d'eau, les fissures du mur bouclier, les effondrements de soutènements en pierre sèche ainsi que le développement de la végétation sera également de mise. Au-delà de l'urgence patrimoniale, cette opération accompagne un projet de valorisation plus large, lié à la candidature des « Forteresses royales du Languedoc », ex-châteaux cathares, au patrimoine mondial de l'UNESCO, afin de transmettre dans les meilleures conditions ce patrimoine exceptionnel.
La croisade contre les Cathares
L'histoire de Montségur est bien évidemment indissociable de celle de la croisade contre les Albigeois. Dès 1204, un castrum est construit sur le sommet du pog, cet imposant relief calcaire, avant de devenir en 1232 le principal refuge de l'Église cathare, accueillant plusieurs centaines d'âmes.
Cependant, même cette forteresse n’est pas inaccessible aux armées envoyées par l’Église de Rome et le roi de France, qui ordonnent d’abattre ce fief rebelle. Ainsi, en mai 1243, débute le siège de Montségur, mené par le sénéchal de Carcassonne et l'archevêque de Narbonne, agissant au nom de Louis IX. Ainsi, pendant près de dix mois, les défenseurs résistent avec acharnement. Ils ne sont alors qu’une petite centaine face à plusieurs milliers d'assaillants. Progressivement acculés, le commandant de la place, Pierre-Roger de Mirepoix, se voit contraint de négocier une reddition, conclue le 16 mars 1244. Tous ceux qui accepteront de renier leur foi seront épargnés. Cependant, environ 225 Cathares refusent d'abjurer et sont ainsi condamnés aux flammes purificatrices du bûcher, dans le « champ des Crémats », au pied de la montagne.
16 mars 1244. Un cortège silencieux descend d'une forteresse perchée à 1 207 mètres, dans les Pyrénées.
Après 10 mois de siège, une armée entière du roi de France a fini par prendre Montségur.
À ce sujet — Adieu, les châteaux cathares !
On propose aux assiégés un marché : reniez votre foi, et vous vivrez.
Plus de 200… pic.twitter.com/Rwc9r5OiW3
— Ce jour-là dans l'Histoire (@CeJour_Histoire) March 16, 2026
Un avant-poste oublié
Le château visible aujourd'hui n'est pourtant pas celui qui a connu ce siège. En effet, partiellement rasé, la forteresse est reconstruite vers 1270, après la victoire capétienne, afin de surveiller la frontière avec le royaume d'Aragon. Cet avant-poste finit néanmoins par être abandonné au cours du XVIe siècle avant d’être redécouvert, d’une certaine façon, au XIXe siècle, période durant laquelle la forteresse est classée monument historique, en 1882.
Le château en ruine, perché sur ce pic dominant la vallée, nourrit alors l’imagination des curieux. On prête ainsi à Montségur la garde du mystérieux trésor des Cathares, des richesses dignes du mythique trésor des Templiers. La citadelle inspire aussi les écrivains et les historiens, à commencer par Michel Roquebert, qui écrivait : « Montségur ! le rocher d'Ariège qui tend vers le ciel sa forteresse couleur de cendre, n'est peut-être pas le site le plus grandiose des guerres albigeoises ; mais c'est le plus captivant, celui où le visiteur se fait spontanément pèlerin. »
Pourquoi il ne faut plus parler de « château cathare » ?
Néanmoins, si Montségur demeure un haut lieu de la mémoire cathare, les historiens rappellent désormais que l'appellation de « château cathare » est historiquement inexacte. En effet, les Cathares y trouvèrent refuge, mais ils ne furent pas les bâtisseurs de la forteresse que nous contemplons aujourd'hui, largement reconstruite après leur disparition. À proprement parler, il n'existe donc pas d'architecture spécifiquement cathare.
Cette précision est essentielle et se trouve au cœur de la candidature des « Forteresses royales du Languedoc » à l'UNESCO, laquelle repose sur une rigueur scientifique et historique. Montségur conserve néanmoins toute sa puissance mémorielle dans l'histoire des Cathares, mais le monument qui domine aujourd'hui le pog témoigne avant tout de la reconquête capétienne et de l'organisation défensive du royaume de France après la croisade.
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52 commentaires
Un dernier avis concernant les cathares qui auraient été brûlés. Il y a des historiens qui contestent qu’ils aient été brûlés et qu’ils se seraient plutôt immolés eux-mêmes. Un historien et géopolitogue comme Alexandre Del Valle dit par exemple dans son livre « Le complexe occidental » page 183 ce qui suit à ce sujet, je cite : « Le comte de Toulouse, cathare, massacra les habitants de Pujols en 1213. Pour en finir avec les idées reçues, rappellons que les cathares « parfaits », qui brûlèrent à Montségur, s’immolèrent eux-mêmes et qu’ils ne furent jamais précipités dans le bûcher de l’Eglise. Quant à la fameuse phrase : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, qui aurait été soi-disant prononcée par le catholique Arnaud Amaury au sac de Béziers en 1209, elle est considérée apocryphe par les historiens et elle n’est d’ailleurs relatée dans aucune source historique fiable. Elle apparut en fait cinquante ans plus tard dans le Livre des miracles écrit par Césaire de Heisterbach, moine allemand défini par Régine Pernoud comme « un auteur peu soucieux de l’authenticité ». Faut-il en dire encore plus ?
Les polémiques sur l’histoire ancienne ne servent à rien car ce sera toujours « source fiable »
contre « source fiable », mais aucune source ne sera jamais fiable à 100 % …
Léa vous vous dites catholique, très bien. Je ne suis ni catholique, ni anti-catholique, mais le fait d’assassiner quelqu’un est un acte de violence. C’est donc que nos « purs » cathares n’étaient pas si innocents que cela. Il n’y a pas une violence qui est légitime et une violence qui ne l’est pas. Les cathares soutenaient le comte Raymond si je me souviens bien qui faisaient la guerre au Roi de France. Est-ce qu’en le soutenant ils faisaient oeuvre de paix et de non violence. Quant aux exactions il y en a eu certes, mais elles ont eu lieu après la décision de la Croisade contre les Albigeois et pour l’époque ces exactions étaient habituelles. De plus la religion catholique était religion d’Etat et cela revenait à remettre en cause l’unité du pays comme de la Foi, puisque il n’y avait pas de séparation entre religion et pouvoir temporel.
Tout cela est tres joli, mais s’il n’est pas cathare, il n’est pas plus capétien. C’est qui le gars qui a construit le castrum de 1204 ? Tous les autres n’ont fait que des renovations, agrandissements, démolitions et reconstructions…. Et qui mettra des airs conditionnés pour les prochaines canicules ?
Nous voulons conserver des ruines mais surtout sans mettre un toit sur les murs pour empêcher les infiltrations d’eau: c’est une gageure . L’eau, le soleil et le gèle finiront par en venir à bout à plus ou moins long terme. Remettons y des toitures et le sauvetage sera plus pérenne et au final moins couteux.
Toutes les forteresses d’Occitanie méritent d’être sauvées. En réalité pas un château de France ne devrait disparaitre, faute d’avoir été restauré à temps.
Dans votre commentaire vous évoquez le Roi Louis XI aussi nommé St Louis et lorsque on connaît le sort des Cathares qui ne demandaient rien d’autre que de vivre selon les préceptes du Christ c’est a dire dans la pauvreté et le partage je trouve que notre St Louis n’avait rien d’un saint en tout cas on pourrait en discuter sereinement aujourd’hui.
Louis neuf, pas Louis onze !
Effectivement, j’abonde dans votre sens. Louis IX n’avait rien d’un saint.
St Louis c’est Louis IX et non Louis XI. Par contre je suis d’accord avec vous, Louis IX n’avait rien d’un Saint avec tous ses massacres lors des croisades, les templiers etc…Les guerres de religion sont les pires de l’histoire.
Ce sont les religions qui ont inventé les « saints » et non l’inverse…. Et comme les
religions sont des inventions humaines, les saints aussi par conséquence …
Les « catharisants » oublient de dire que c’est l’assassinat de Pierre de Calstenau, légat du Pape, par les cathares qui a provoqué la croisade dites des « Albigeois ». Or le Pape à cette époque là était un très important personnage (avec quelques nuances,il l’est encore d’ailleurs). Donc cette croisade était prévisible et tout ce qui a suivi avec.
L’assassinat du légat du pape était une réponse aux persécutions atroces qu’il ordonnait contre ceux qui avaient le malheur de s’écarter de la foi catholique. Pour la catholique que je suis, il est triste de reconnaitre que les Dominicains furent le bras droit de l’Inquisition et de ses massacres épouvantables.
Comment un arbre aux racines aussi pourries peut-il donner encore aujourd’hui
de bons fruits ? Poser la question, c’est y répondre.
Merci de rappeler que ces châteaux ne sont en rien cathares.