Cinéma - Culture - Editoriaux - 29 mars 2019

Cinéma : Dernier Amour

Il fut tour à tout abbé, violoniste, escroc, militaire, prisonnier évadé, franc-maçon, secrétaire de l’ambassadeur de Venise à Vienne, espion, bibliothécaire, écrivain. Giacomo Casanova aura connu une vie riche et trépidante. Pourtant, nous n’avons retenu de lui que ses frasques libertines. En attestent une quinzaine de films à son sujet, plus ou moins réussis, plus ou moins complaisants.

Casanova a beau faire partie des personnages historiques les plus en vue du cinéma, il est de ceux que l’on s’échine à traiter chaque fois sous le même angle. Dernier Amour, de Benoît Jacquot, eût été l’occasion rêvée d’explorer d’autres facettes du personnage, mais le réalisateur en a décidé autrement, préférant sans doute par confort intellectuel suivre les sentiers battus. C’est donc à nouveau la figure du séducteur que nous retrouvons pour cette quatrième collaboration entre le cinéaste et son acteur fétiche Vincent Lindon.

Le film démarre en 1793, au crépuscule de l’aristocratie française, lorsque Casanova, peu avant sa mort, occupe en Bohême la fonction de bibliothécaire au château de Duchcov pour le comte Waldstein. Fatigué, le moral au plus bas, Casanova entreprend de raconter à la nièce de son employeur la relation passionnée qui le lia jadis, en Angleterre, à la jeune Marianne de Charpillon, une cocotte avant l’heure connue pour vendre ses charmes aux aristocrates libertins. Une relation passionnée mais néanmoins platonique dans la mesure où, las de servir d’objet sexuel au Tout-Londres, la Charpillon se refusait exclusivement à lui, la jeune fille au fond d’elle rêvant sans doute encore du prince charmant et ayant choisi étonnamment de plaquer ses fantasmes et exigences sur la personnalité la plus sulfureuse de son temps… Dès lors, comme on peut s’y attendre, se met en place au fil du récit une union malsaine au sein de laquelle les attentes romantiques de la courtisane se voient sans cesse contrariées par la frustration sexuelle de son partenaire qui, de toute évidence, confond désir sexuel et sentiment amoureux…

Dépourvu de cap, ce jeu de va-et-vient entre deux personnages aussi pathétiques l’un que l’autre, et dont on se demande en fin de compte s’ils ne font pas exprès de compliquer les choses pour irriter le spectateur, débouchera sans grande surprise sur le ressentiment mutuel, les désillusions pour la jeune femme et le mal-être pour Casanova. Lesté d’un propos archi-rebattu sur le désir masculin, la frustration et l’amour, Benoît Jacquot avait au moins la possibilité de soigner l’esthétique de son œuvre. Hélas, il n’en est rien, le cinéaste nous livre ici un film aussi froid que ses précédents – la faute, en partie, à un étalonnage des couleurs des plus ternes – et commet l’erreur de faire endosser à Vincent Lindon un rôle de vieux beau libidineux qui ne lui sied pas tout à fait.

Nous retiendrons, au mieux, l’anecdote sur la vie de Casanova.

2 étoiles sur 5

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