[Cinéma] Cabrini, récit hagiographique de la première sainte des États-Unis

Cabrini, Bande annonce officielle (capture d'écran)
Cabrini, Bande annonce officielle (capture d'écran)

Fondatrice de la congrégation des Sœurs missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, dans la commune de Codogno en Italie, la mère Francesca Cabrini sollicite Léon XIII pour partir en mission en Chine. Peu enthousiaste à l’idée de lui confier un projet d’une telle envergure, en raison notamment de sa santé fragile, le pape choisit, en cette année 1889, de l’envoyer aux États-Unis s’occuper des immigrés italiens dont les conditions de vie se révèlent préoccupantes. Entassés dans le quartier des Five Points de New York, ceux-là, en effet, ont toutes les peines du monde à trouver du travail, à se loger et à se nourrir. La misère est telle que le taux de mortalité inquiète les plus hautes autorités religieuses. Sur place, la mère Cabrini, accompagnée des sœurs de sa congrégation, et aidée par un journaliste du New York Times pour sa couverture médiatique, se met en tête de fonder un orphelinat et s’attire les foudres du maire, mécontent de voir ses manquements exposés dans la presse. Un bras de fer s’engage alors entre les deux et atteindra son paroxysme lorsque la mère Cabrini décidera de se lancer dans la fondation d’un hôpital.

Réalisé par Alejandro Monteverde, à qui l’on doit le récent et injustement controversé Sound of Freedom, avec Jim Caviezel, Cabrini commence déjà à faire grincer les dents de nos journalistes hexagonaux. Qu’il s’agisse de Télérama, de Première, du Parisien, du Monde ou de L’Obs, tous rivalisent de fiel et de mauvaise foi – avec l’air de ne pas y toucher – pour descendre ce film qui a l’outrecuidance de vouloir servir l’Église en se livrant au portrait hagiographique et assumé de la première sainte des États-Unis d’Amérique. En effet, canonisée par Pie XII en 1946, Francesca Cabrini ne correspond pas tout à fait aux critères de respectabilité de cette presse de caniveau qui n’accepte pas, au fond, que l’Église aussi puisse accoucher de figures féminines fortes. Certes, nous ne perdrons pas notre temps à leur expliquer en quoi le catholicisme est une religion féministe par essence, ce serait peine perdue avec ces gens-là.

Manque de bol pour eux, le film tient parfaitement la route, davantage même que la plupart des biopics qui nous parviennent, et c’est sans doute ce qui les dérange… Fort de son propos, des valeurs qu’il véhicule, du parcours admirable de son héroïne et d’un casting des plus réussis – Cristiana Dell'Anna et le trop rare John Lithgow –, Cabrini brille également par ses qualités visuelles, le cinéaste faisant montre d’un réel talent dans la composition de ses cadres et son utilisation de la lumière. Cela ressort tout particulièrement dans les scènes de foule, notamment lorsqu’il est question de représenter les rues de New York à la fin du XIXe siècle. La reconstitution d’époque, clairement, n’a rien à envier à celle des grosses productions hollywoodiennes. On regrette, cependant, une musique un peu trop présente et pompeuse, qui alourdit l’ensemble et tend à surligner ce qui n’a pas besoin de l’être.

Enfin, on ne saurait trop conseiller à nos lecteurs de se ruer sur ce film car, mal distribué, il risque bien d’être rapidement retiré des salles.

4 étoiles sur 5

 

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Film magnifique, en dépit il est vrai d’une musique un peu trop omniprésente, et du manque d »évocation de ce qui fait le fondement de la foi chrétienne pour déplacer les montagnes : la prière et la sainte messe ! En somme le côté Marthe l’emporte sur le côté Marie, mais la figure de cette religieuse reste convaincante et émouvante.
    PS ; nous étions 8 dans la salle !!!!!

  2. Quand on voit qui dénigre ce film c’est clair il faut absolument aller le voir , ça nous changera des navets financés par nous et qui n’attirent personne .

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