Editoriaux - Manifestations - Politique - 12 décembre 2019

Che Guevara sur les drapeaux de la CGT : adoration du totalitarisme ?

En janvier 2018 – il y a deux ans, donc -, huit mois après l’élection d’Emmanuel Macron, la mairie de Paris consacrait, dans les salons de l’hôtel de ville, une exposition à Che Guevara.

Enthousiaste, enamourée même, pourrait-on dire, Madame notre maire vantait alors dans un tweet cette « icône militante et romantique ». Pensez : le Che, un homme, un vrai, avec la barbe et la moustache, cheveux au vent sous le béret étoilé… Ah, que de fantasmes cet homme aura-t-il provoqués !

À l’époque, notre ami Pierre Van Ommeslaeghe relevait ici même l’incongruité de la chose, ou comment le révolutionnaire communiste cubain « n° 1 des ventes de T-shirts pour adolescent boutonneux » – sans compter les sacs, broches, mugs, stylos, fanions, torchons, caleçons, etc. – apportait une contribution non négligeable « au triomphe du capitalisme ».

C’est que chez ces gens-là, on ne pense pas, Monsieur, on panurgise…

Maintenant, poursuivait notre ami, Anne Hidalgo « fait du révolutionnaire athée une espèce d’image pieuse pour bobo frustré de ne pas être un damné de la Terre ». Je le rappelle, c’était il y a deux ans, et c’était tout à fait prémonitoire.

C’est ainsi qu’en cette veille de Noël 2019, nous voyons le portrait du Che sur les drapeaux de la CGT. D’aucuns me diront que le Che dans les manifs, ça n’est pas une nouveauté. Qu’on l’a déjà largement vu remonter les cortèges au milieu du NPA, de SUD Rail puis de La France insoumise, ce qui, certes, n’étonne personne connaissant la passion de l’ami Mélenchon pour les tortionnaires rouges, de Robespierre à Maduro. Oui, mais cette fois, le visage iconique du Che est sur le drapeau, pas à côté !

Commentaire d’un ami cher à qui je confiais mon étonnement : « Prendre pour idole un gouverneur sanguinaire de prison politique, c’est bien le moins que ces décérébrés puissent faire ! » Voilà voilà…

Et voilà, il est vrai, des faits intangibles que nos révolutionnaires en flanelle semblent ignorer. Le Che fut, en effet, « procureur suprême » de la prison de La Havane et, à ce titre, commanditaire de centaines d’assassinats politiques, tuant même – comme tout bon révolutionnaire qui se respecte – ses compagnons de route un jour jugés traîtres à la cause.

Mais l’idolâtrie du Che est entrée depuis quelques décennies dans les gènes de la gauche proprette. Jean-Paul Sartre louchait déjà sur le bonhomme en qui il voyait « l’être humain le plus complet de notre époque ». Les zozos qui arborent aujourd’hui la tête d’Ernesto Guevara sur leur caleçon seraient bien en peine de dire qui était Jean-Paul Sartre, mais qu’importe, ils n’en ont retenu que le prêchi-prêcha et, comme lui et ses épigones des années rouges, ils sont prêts à justifier toute violence, même extrême, dès lors qu’elle sert leur cause.

La fin – l’avènement du Grand Soir et de l’idéal socialiste – justifie tous les moyens, même les plus barbares. On en est toujours là.

On peut juger mon ami sévère lorsqu’il qualifie les arpenteurs de rues de « décérébrés ». Toutefois, on demeure étonné par la démarche qui consiste à dénoncer constamment la « dérive autoritaire » du macronisme et ses violences policières en se berçant dans la nostalgie des régimes sanguinaires. Il paraît même que les gilets jaunes aspirent justement, dans leur ensemble, à un régime autoritaire… Comprenne qui pourra.

Elle manifeste aussi la complaisance, si ce n’est l’attirance, d’une certaine gauche pour la violence la plus extrême dès lors qu’elle est employée au nom de ses idéaux.

À lire aussi

Après la grève, la France définitivement au tapis ?

Après nous, le déluge. Tabula rasa, c’est, depuis des lustres, la devise de la gauche obtu…