Editoriaux - Histoire - 2 janvier 2018

Le Che, icône des bobos

Si vous passez par Paris, vous pourrez visiter, dans le hall de l’hôtel de ville, l’exposition consacrée à Che Guevara. Ceci jusqu’au 14 juin, histoire de fêter dignement l’anniversaire de celui que Mme Hidalgo a qualifié dans un tweet d’“icône militante et romantique”.

Le révolutionnaire communiste argentin est déjà n° 1 des ventes de T-shirts pour adolescent boutonneux, apportant ainsi sa contribution au triomphe du capitalisme. Maintenant, le maire de Paris fait du révolutionnaire athée une espèce d’image pieuse pour bobo frustré de ne pas être un damné de la Terre. L’aura (pour rester dans le registre religieux) du bras droit de Castro est largement surfaite. Loin d’être un héros “romantique”, Ernesto Guevara est d’abord un tueur sanguinaire. Non seulement il fut, comme « procureur suprême » de la prison de La Havane, le commanditaire de centaines d’exécutions sommaires, mais il n’hésita pas à tuer de ses propres mains des compagnons d’arme jugés traîtres à la cause.

Par cet « hommage » indécent, Mme Hidalgo ne révèle pas seulement son caractère d’adolescente attardée émoustillée par les machos sentant la sueur et le sang pourvu qu’ils soient de gauche. Elle manifeste aussi la complaisance, si ce n’est l’attirance, d’une certaine gauche pour la violence la plus extrême dès lors qu’elle est employée au nom de ses idéaux.

Georges Frêche, défunt président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, a fait figurer sur la “place des Grands-Hommes” (sic) des statues de Lénine et de Mao Zedong aux côtés de celles de De Gaulle ou de Gandhi. Staline était aussi prévu, mais le scandale l’avait alors fait reculer. Auparavant, Jean-Marc Rouillan, chef de l’organisation terroriste d’extrême gauche Action directe, assassin entre autres du général Audran, avait bénéficié de l’amnistie de Mitterrand en 1981. Dans les années soixante-dix, ce sont les Khmers rouges que des partis et des intellectuels de gauche soutenaient. Aujourd’hui encore, des membres de la gauche institutionnelle excusent – quand ils ne les justifient pas – les violences des prétendus antifascistes.

C’est que, pour une certaine gauche, la gauche divine dénoncée par Finkielkraut, la liberté d’expression ne vaut que pour elle. Pour ses adversaires, elle applique la censure, voire la criminalisation. Et, de là à l’élimination physique, il n’y a qu’un pas qu’elle a bien souvent franchi depuis 1793.

Certes, il existe aussi une gauche humaniste qui plonge ses racines dans la pensée de Voltaire. Mais quand elle s’oppose au terrorisme intellectuel de l’autre gauche, elle en subit les foudres. Foudres subies par Finkielkraut et Onfray notamment. Madame Hidalgo ne risque rien : entre Voltaire et le Che, elle a choisi le Che.

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