Editoriaux - Politique - Social - 12 décembre 2019

Réforme des retraites : enfumage et amateurisme du gouvernement

Si on veut savoir ce qu’il ne faut surtout pas faire en politique, Emmanuel Macron et son entourage ont inventé la boussole qui indique le sud : il faut faire le contraire de ce qu’ils font. Et cette , qui est pourtant indispensable à notre pays, le démontre avec éclat.

1) Faire l’exposé de la réforme des retraites en décembre, en pleine période de fêtes, voilà une riche idée. En plus des inconvénients habituels des conflits sociaux, on finit d’achever le commerce, de démoraliser les Français au moment où ils sont tentés de consommer. Et ce faisant, le gouvernement se met lui-même le couteau sous la gorge, avec une quasi-obligation de démêler le conflit dans l’urgence, pour sauver encore ce qui peut l’être. Un an après les gilets jaunes, cette leçon aurait pu être retenue : à croire que le gouvernement tient absolument à polluer les fêtes des Français chaque année !

2) On fait l’exposé définitif de la réforme, après des semaines et des mois d’annonces confuses, contradictoires, où le gouvernement a alimenté lui même toutes sortes de rumeurs, de fantasmes, de peurs qui ont renforcé la détermination des syndicats. On a ainsi glosé, au sein même du gouvernement, sur l’âge légal de départ à la retraite, le nombre d’annuités, la valeur du point, les régimes spéciaux des policiers qui, suite à leurs protestations, seront maintenus (comme ceux des élus, d’ailleurs), les enseignants qui se voient promettre des augmentations de salaires pour compenser les pertes qu’ils ont calculées, le caractère paramétrique ou systémique du futur régime… bref, en exposant au vu de tous ses hésitations, le gouvernement a semé le germe de la défiance dans l’opinion.

3) L’exposé de la réforme se devait impérativement, vu la situation, de rallier la CFDT, principal syndicat de France et maillon faible des contestations à rallonge, dont le basculement torpille généralement le conflit. Raté, une fois de plus : le conflit va donc se prolonger et rendre épouvantable la vie des Français pendant encore de longues semaines.

4) Pour calmer tout le monde, il eût fallu faire des concessions importantes, qui auraient dénaturé la réforme. Impossible : la principale concession a été faite d’entrée, alors qu’il eût fallu la garder sous le coude en dernier ressort pour convaincre les syndicats. Il s’agit du report de la mise en application de la réforme à la génération 1975 ! Rappelez-vous : le gouvernement a justifié la réforme en arguant qu’à partir de 2025, le régime des retraites serait déficitaire entre 7,5 et 21 milliards par an. Comme le décalage retardera ses effets à 2038, quid de ces treize années de déficits, où la dette cumulée devrait s’élever à 90 milliards d’euros au bas mot, et jusqu’à 250 milliards d’euros ? Qui va payer la facture de cette capitulation ?

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