Après la mort atroce du professeur Samuel Paty, le Président Macron a fait entendre des propos graves : « Ils ne passeront pas. Nos policiers, nos gendarmes, toutes celles et ceux qui tiennent la République, magistrats, élus, enseignants… nous ferons bloc. L’obscurantisme et la violence qui l’accompagne ne gagneront pas, ils ne nous diviseront pas. » Et des accents martiaux : « La peur va changer de camp […] Les islamistes ne doivent pas pouvoir dormir tranquilles dans notre pays. »

Avouons que cela ne manquait pas d’allure et que nous pouvions être fiers de cette virile réaction. Avec la crainte, cependant, d’un feu de paille et d’un retournement auquel, au fil des ans, nous avons dû nous habituer de la part de nos Présidents successifs (Kärcher™, où es-tu ?). Et le souvenir toujours douloureux de la trahison aux sources mêmes de la Ve République avec le « Je vous ai compris » de sinistre mémoire.

Heureusement, il y a Erdoğan ! Sa parole s’est à ce point déchaînée qu’il n’est plus possible de faire comme si l’on n’entendait rien. Selon lui, M. Macron, suite à la décapitation de Samuel Paty, a tellement maltraité les communautés religieuses qu’il doit « d’abord faire des examens de santé mentale » et « il a besoin de se faire soigner ». En effet, M. Erdoğan pense être une obsession pour et affirme que l’Europe, en général, traite les musulmans aujourd’hui comme les juifs avant guerre, certains dirigeants présentant des signes indubitables de nazisme et de fascisme. Affirmation aussi absurde qu’ironique si l’on pense à l’admiration d’Hitler pour l’islam : « Si, à Poitiers, Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque – et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide ! –, il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du Septième Ciel… Animés d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. » (in Adolf Hitler, Libres Propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, Flammarion, 1954, 28 août 1942, p. 297.). Et là, applaudissements de M. Mélenchon qui regrette aussi la victoire de Charles Martel ?

Mais le déchaînement aussi violent qu’absurde d’Erdoğan a des effets bénéfiques : solidarité européenne renforcée autour de la France, le crime du Tchétchène ayant déjà soudé nos alliés – même si l’action ne suit pas autant qu’on le souhaiterait -, Mme Merkel, en particulier, n’ayant apparemment rien à refuser à la Turquie, détermination renforcée du Président, soutien renforcé aussi dans notre pays, les excès de certains représentants de l’islam étant certainement contre-productifs. Même si l’extrême gauche tente de rentrer dans ses rails après une sidération première (Mélenchon et « la communauté tchétchène »), en reprenant le mantra de l’islamophobie et de la responsabilité de l’extrême droite, même si d’aucuns montent en épingle le malaise des musulmans innocents stigmatisés par l’assimilation aux terroristes et qu’il est suggéré, sinon d’interdire, du moins de vivement déconseiller les caricatures surtout à l’école, pour la paix civile bien sûr, il semble que, aussi bien dans le monde enseignant, qui a longtemps plié l’échine, que dans la population, les discours lénifiants ne prennent plus guère.

La symbolique de la décapitation, forte dans notre pays, a agi comme un brusque révélateur de ce que l’on savait déjà mais préférait se dissimuler pour avoir la paix, feindre que rien n’avait changé… Pourvu que ça dure et que nous ayons vraiment été compris ! Et pourvu que Covid-19 et confinement ne viennent pas détourner l’attention !

31 octobre 2020

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