La séquence des attentats islamistes de Conflans et de Nice a rappelé, pour ceux qui sont lents à lire les signes des temps, la nature profonde de l’ennemi islamiste, ses agents, ses réseaux, ses liens avec les migrants. Tout cela est prouvé par de multiples cas de migrants-terroristes. Cela devrait, a minima, interpeller, du pape à toutes les conférences épiscopales européennes, la hiérarchie catholique sur son appel naïf à l’ouverture inconditionnelle aux migrants.

Il est donc particulièrement choquant d’entendre, alors que les morts ne sont même pas enterrés, des appels au pardon, à la fraternité ou – pire – des analyses folles culpabilisant les Européens de n’avoir pas été assez accueillants ! Comme cette déclaration hallucinante d’un évêque portugais :

« L’attentat de la basilique de Nice n’est pas la lutte de l’islam contre le christianisme : c’est le résultat des préjugés de ces Européens qui non seulement n’encouragent pas le dialogue interculturel et interreligieux, mais sont toujours prêts à accuser les religions. »

Tweet épinglé par le journaliste Jean-Pierre Denis : « L’attentat de Nice est le résultat de nos préjugés. C’est en portugais. C’est très stupide. C’est insultant pour les victimes. Et, hélas, c’est un évêque. Démission ! » Cet évêque, c’est celui de Porto.

Le pape à Lampedusa, ce n’est plus possible. D’abord, au nom de la vérité. Ensuite, par respect pour les victimes. Je serais caricaturiste, le crayon me démangerait. Cette hiérarchie catholique devrait sortir d’elle-même de sa position caricaturale.

Mais ces attentats d’octobre 2020 ont aussi rappelé les cibles de l’islamisme : la France dans ses deux pôles constitutifs de l’identité française, naguère antagonistes, aujourd’hui frères malgré eux, précisément par leur statut de cibles privilégiées : la tradition républicaine laïque et le catholicisme. Les hasards de la naissance puis mes choix d’adulte m’ont fait à la fois enfant de l’école publique puis professeur de cette même école et catholique. Une façon d’assumer deux belles traditions. Une façon d’être pleinement français, de respirer de ses deux poumons, de marcher sur ses deux jambes.

Certains ont eu raison de rappeler la célèbre phrase de Marc Bloch : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’Histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »

Malheureusement, ces deux catégories qui n’ont rien compris ni à l’Histoire de France ni à celle qui est en train de se vivre sous nos yeux sont toujours vivaces. Et au plus haut niveau : l’hommage d’ à la Sorbonne s’est, malheureusement, circonscrit à la tradition républicaine, comme, on peut s’y attendre, celui qui est prévu lundi, dans les écoles. On était en droit d’attendre des vues plus larges et plus hautes, surtout de la part d’un Président qui a fait du « en même temps » son credo.

Enfin, du côté catholique, certaines réactions d’évêques ou de prêtres dans les médias laissent songeur. Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse : « On ne se moque pas impunément des religions. » Certes, il faut lire toute la déclaration de ce prélat mais comment ne pas se dire qu’elle peut apporter de l’eau aux moulins des islamistes qui n’en ont pourtant pas besoin. Surtout au moment où le recteur de la mosquée de Paris vient d’estimer qu’il fallait “savoir accepter ” les caricatures de Mahomet. Surtout au moment où votre serviteur, comme des milliers de collègues professeurs, va devoir rendre hommage à Samuel Paty. On aurait aimé de la part de l’archevêque de Toulouse un meilleur sens du kaïros. Il y a un temps pour tout. La tradition de la France, c’est aussi cette liberté de caricaturer, et de caricaturer les religions, toutes les religions. La caricature obscène n’est pas mon mode d’expression favori. Mais, après les morts de Charlie, c’est un droit que tous les Français doivent défendre, catholiques y compris !

D’autant plus que les responsables catholiques auraient autre chose à apporter qu’une solidarité primaire avec des musulmans se sentant « blessés » (et il faudrait mettre beaucoup de guillemets à l’heure des vrais morts sanglantes et opérer quelques distinguos). Le dieu chrétien fut, historiquement, un dieu caricaturé, moqué, et jusque sur la croix. C’est une dimension théologique forte. Et l’enseignement chrétien dispose d’une doctrine originale de réponse à l’offense.

Ce qui ne dispense pas d’agir urgemment pour mettre hors d’état de nuire ceux qui massacrent des vies innocentes. Et leurs complices. Voilà les terrains sur lesquels on attendrait des paroles fortes de la part des responsables catholiques. En tournant enfin le dos à une charité aveugle et une solidarité déplacée dans les circonstances actuelles.

Professeur et catholique : une façon d’être doublement français. Et aujourd’hui doublement en deuil. Et doublement en colère.

31 octobre 2020

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