Il est toujours aisé de jouer les oiseaux de mauvais augure. De prétendre que tout est foutu, que Rome n’est plus dans Rome et que les Français ne seraient même plus dignes de l’être. La preuve en est que le « déclinisme » est même devenu un littéraire et journalistique à part entière.

Au risque de contredire ceux qui nous assurent que la seule alternative proposée à nos compatriotes serait de se repentir ou de se pendre, les mêmes gazettes nous apportent néanmoins quelques salutaires précisions. Ainsi, la France virerait-elle de plus en plus à droite, à en croire une étude de l’IFOP, commanditée par nos confrères du Point et largement commentée depuis.

À en croire ces chiffres, 13 % des Français se situeraient à gauche, contre 32 % au centre et 39 % à droite. La belle affaire, dira-t-on. Il est vrai que le clivage entre gauche et droite a été bien malmené depuis la mue du Rassemblement national, passé de la défense de la droite de la droite à la promotion d’un souverainisme populiste. Pareil constat vaut pour son frère ennemi, cette France insoumise ayant elle aussi tenté de promouvoir un populisme souverainiste.

Le premier à être concerné par cette tectonique des plaques électorales est évidemment le parti présidentiel, socle centriste par excellence, tiraillé entre deux tendances de ce fameux « cercle de la raison » si cher au prophète Alain Minc, oscillant, à droite, entre Édouard Philippe, Premier ministre essoré, et à gauche, en une sorte de possible fantôme de Jacques Delors, à ce jour introuvable. Logique, donc, que l’actuel gouvernement ait plutôt tendance à pencher à droite, histoire d’assurer son avenir politique.

Mais il ne s’agit là que de rentes électorales concernant plus les élus que les électeurs, note Jérôme Fourquet, maître ès sondages : « Les chiffres démontrent que peu de gens se positionnent à gauche. L’écologie peut, en revanche, venir perturber cette stratégie. » Certes : dans les mégalopoles et au sein de son jeune électorat, voilà qui n’est pas faux. Mais au-delà, une lame de fond ? Rien n’est moins sûr, sachant que la Manif pour tous, les fans de Johnny Hallyday et les gilets jaunes ont tout de même rassemblé un peu plus de monde dans les rues que les amis des LGBT ou d’

Après, de quelle droite et de quelle gauche est-il question ? Nous ne sommes plus au temps des glorieuses années mitterrandiennes, époque où tout était simple, entre goulag de gauche et école privée de droite. La mondialisation, à la foi prônée par l’une et l’autre, est passée par là. D’où cette fine analyse de Jérôme Fourquet : « Ce clivage n’a disparu que dans le discours des centristes. Il n’en demeure pas moins que les gens de gauche et ceux de droite n’ont pas les mêmes valeurs. Seulement, ce clivage, qui était manichéen autrefois, est aujourd’hui plus nuancé, il y a davantage de relativisme dans son propre système de valeurs. On peut par exemple être capitaliste et désirer des politiques sociales. »

Cité par Le Point, Bruno Cautrès, du Centre de recherches de Sciences Po : « Depuis que la France est entrée dans la mondialisation, l’édifice partisan vacille. » Mieux, à propos de la dernière élection présidentielle : « On se retrouve avec deux blocs, organisés autour de deux clivages. Il y a le clivage gauche/droite, qui se concrétise avec la présence de Fillon et Mélenchon. Et il y a le clivage ouvert/fermé, qui se traduit dans le duel Macron/Le Pen. »

Au risque de manger le pain cartomancien des instituts de sondage, qu’il nous soit aussi permis de rappeler qu’il existe un autre clivage, consistant à différencier ces Français qui entendent le demeurer et les autres, pas forcément de fraîche date, qui tiennent notre pays pour une simple zone commerciale ouverte aux quatre vents. Lesquels peuvent être de gauche ou de droite. Ou inversement ; surtout à l’approche du goulag, tant fleuri que mou, que nous promettent les sectateurs de la « bonne gouvernance ».

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