Editoriaux - 16 février 2019

Ces femmes, d’abord françaises avant d’être djihadistes… comme dit Christophe Castaner

Regroupées dans un camp à l’est de la Syrie, dans l’attente de leur rapatriement dans leurs pays d’origine, les femmes djihadistes venaient de France, d’Allemagne, du Canada, du Brésil, en fait, du monde entier. C’est que les autorités kurdes en ont ras le bol, de ces 500 familles étrangères islamistes – en tout, 25.000 déplacés dans ce camp – qui ont, souvent, payé des passeurs pour fuir les dernières zones de combat. Dans quel état d’esprit se trouvent-elles, sont-elles soulagées de rentrer au bercail, regrettent-elles leur choix, le vivent-elles comme un traumatisme ? À les écouter, sur BFM TV comme dans le reportage de France 24 du 8 février dernier, ce n’est pas évident !

Prenons, par exemple, Christelle, la Bordelaise – que l’on subodore convertie. Partie en Syrie en 2014 pour “la religion”, “bien sûr qu’ [elle] regrette”. Que regrette-t-elle ? Les atrocités de la guerre, la barbarie des actes qu’elle a pu voir perpétrer, la trahison commise envers son pays ? Non, la djihadiste pleure parce qu’elle a “tout perdu en venant ici” – elle parle certainement de son djihadiste de mari “mort dans une frappe d’avion”, elle dit aussi s’être retrouvée, comme ses sœurs islamistes, “coincée, piégée”. Christelle devrait quand même être contente de rentrer au bercail, en sécurité, mais non. “Moi, j’aurais préféré rentrer dans un pays où il y a plus d’islam parce qu’en France, on ne peut pas vivre sa religion comme on veut.”

Un torrent de tweets pleut.
“Qu’elle demande l’asile à l’Arabie saoudite et autres émirats.”
“Pas de problème, qu’elle choisisse un pays musulman, ici, personne n’en veut.”
“Qu’elles y restent.”
“Sans limite. Irrécupérables. Faites leur plaisir : laissez-les là-bas, c’est leur choix.”
“Paroles pleines de bon sens, ça tombe bien, on ne veut pas de vous.”

Et des dizaines d’autres du même acabit.

Cette Christelle, plus musulmane que française, qui rêve de continuer de s’affubler du niqab en France, une exception au milieu d’une majorité de repenties ? Cela n’est pas l’avis de Roméo Langlois, reporter à France 24, envoyé se rendre compte sur le terrain. “Même si elles disent aujourd’hui ne plus être avec Daech, la plupart continuent d’avoir une pratique extrémistes de la religion musulmane.”

Pas l’avis, non plus, d’un responsable du camp pour lequel “ces étrangères sont pétries d’idéologie radicale” et “potentiellement dangereuses”. Pire : “Elles sont très féroces, traitent les Syriens de mécréants, d’apostats, brûlent leurs tentes” car “elles se considèrent comme les seules vraies musulmanes”. De vraies musulmanes, en effet qui “ont tout sacrifié, leur sang” et même “leurs enfants”, “pour que l’islam prospère à nouveau”.

Christelle va rentrer, Mathilde, aussi. Au début, “le sort réservé aux femmes yézidies, les bombes, les décapitations, les femmes vendues”, tout ça, “ça fait bizarre” mais “après, c’est malheureux, c’est comme tout, vous vous habituez” ! Glaçant.

Si seulement l’Arabie saoudite, par exemple, accueillait toutes les Christelle et Mathilde de Syrie ou d’ailleurs ! Las, ce gentil pays préfère avoir “un mur officiellement anti-djihadiste” mais, en réalité, “anti-réfugiés”. Comme quoi, les murs, ça marche !

Alors, combien parmi ces femmes à bientôt revenir, une fois qu’elles auront « repris des forces », en occurrence du poil de la bête, auront hâte de suivre les conseils prodigués par l’État islamique qui conclut « On recommencera » ? Avec tout plein de Christelle prêtes sans doute à tout pour une France islamisée et tout plein de Mathilde que des horreurs n’atteignent plus. Plus toutes et tous (selon la formule macroniste) les autres qui rêvent de califat, il y a de quoi se faire du souci… non ? Mais il est vrai, comme le dit Christophe Castaner, que ces femmes sont françaises avant d’être djihadistes…

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