Ces pauvres gens qui ont tout perdu, jusqu’à la mémoire de leurs familles, de leur histoire et leur vie pour certains ne s’en remettront jamais. Les années se succèdent et se ressemblent. On peut, encore et toujours, accuser le « fameux » changement climatique de provoquer ces catastrophes « naturelles » mais, disons-le, chassons ce naturel et les responsabilités pourraient se manifester au galop.

Cinq cent soixante millions de mètres cubes d’eau en vingt-quatre heures, des milliers de tonnes de gravats écroulées et des milliers de troncs d’arbres déversés dans la mer plus loin : on en est à l’heure de ce bilan hautement catastrophique. Quelques responsables politiques félicitent ici les professionnels du secours et de l’urgence – félicitations ô combien méritées – et là se démènent pour apporter le soutien attendu aux familles sinistrées… On aimerait faire plus, mais comment ?

Les solutions ne sont pas évidentes, on en conviendra aisément. Et leur coût risque d’être certainement exorbitant. Mais ce sera le prix à payer pour – enfin – régler en partie ce problème et sauver le et la vie pour des milliers de nos concitoyens qui habitent cette belle région.

Sur la Côte d’Azur, une compétition entre terres agricoles et une urbanisation à outrance semblent avoir fait naître, depuis cinquante ans, une croissance exagérée et mal contrôlée. « Les phénomènes démographiques sont porteurs d’enjeux de long terme sur le territoire de la Côte d’Azur, parce qu’ils s’inscrivent dans la durée et l’inertie spatiale, et parce qu’ils imposent un développement consommateur d’espace. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est actuellement la troisième région la plus peuplée de France et c’est celle qui a connu la plus forte progression de population depuis 1962 (+73 %, contre +35 % au niveau national en 2009) » (sources : université Nice Sophia Antipolis : Les enjeux territoriaux de la Côte d’Azur – Spéculation foncière et immobilière).

Déjà, en 2003, une étude intitulée « Rives méditerranéennes » pointait de graves dysfonctionnements dans la gestion de l’urbanisation de cette région. Ainsi résumée, on peut raisonnablement penser que tout n’a pas été fait pour prévenir ces catastrophes. « Les incohérences spatiales de l’urbanisation [trahissant] indiscutablement une urbanisation mal maîtrisée. Parmi ces dérives, plusieurs causes auraient largement constitué des facteurs aggravants. L’électoralisme foncier, l’opportunisme foncier qui, au coup par coup, a asservi les documents d’urbanisme aux projets des grands promoteurs-aménageurs et la rentabilisation fiscale maximale du foncier. »

Si, comme le soulève cette étude, « la spéculation immobilière n’a pas été le principal moteur du développement anarchique et de l’urbanisation souvent dangereuse de la Côte d’Azur », il est permis de se demander qui, du gouvernement aux responsables des régions, voire à certains élus locaux, emporte la plus grande responsabilité dans la gestion catastrophique de la construction d’un « Eldorado » dont une population de passage aura profité en se souciant plus de son confort estival que des conséquences qu’il aura engendrées, au péril des habitants de la région.

Alors, qui seraient les coupables et les responsable ? On peut s’interroger sans fin, mais on ne pourra pas, encore et toujours, invoquer le changement de climat et ses conséquences.

Pourtant, une comparaison de la géographie de l’arrière-pays de la Côte d’Azur et de celle de l’arrière-pays de Los Angeles nous permet de saisir certains éléments d’une réponse qui, si elle n’est pas strictement basée sur une urbanisation similaire, emporte pourtant un grand nombre de points de comparaison. Dès 1930 et les catastrophiques dues à la Los Angeles River, notamment, les pouvoirs publics de cette région avaient décidé la construction d’une importante infrastructure de canalisation qui permet, aujourd’hui, d’éviter ce que nos compatriotes viennent de subir… Il est plus que temps de s’inspirer de cette solution pour anticiper au mieux les prochaines intempéries.

6 octobre 2020

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