Editoriaux - 10 février 2019

Castaner réchauffe sa police de sécurité du quotidien

C’est depuis Dreux, ville d’Eure-et-Loir où se situent plusieurs quartiers répertoriés comme « très difficiles » – doux euphémisme pour dire que la République n’y est plus chez elle -, que Christophe Castaner vient d’annoncer l’arrivée de la deuxième vague de 32 quartiers de reconquête républicaine. Selon le ministre de l’Intérieur, ces quartiers, après la quinzaine déjà concernée en 2018, devraient voir arriver des policiers ou des gendarmes supplémentaires.

Dans le contexte d’extrême violence que connaît notre pays depuis plusieurs mois, Castaner a donc choisi la province pour tenter de se remettre en selle et de faire oublier qu’il n’est pas que le ministre du maintien de l’ordre. Il est vrai que les nombreux blessés enregistrés lors des manifestations des gilets jaunes, qu’il s’agisse de manifestants ou de membres des forces de l’ordre, n’ont pas manqué d’entacher une réputation déjà extrêmement fragile.

C’est donc sur le terrain de la lutte contre la délinquance que le gouvernement tente de restaurer son autorité. Pour ce faire, il choisit de dépoussiérer sa police de sécurité du quotidien, concept élaboré par Gérard Collomb avant que celui-ci, voyant arriver la tourmente sociale, ne décide, fort opportunément, de fuir la place Beauvau.

Énième programme de lutte contre l’insécurité, qui se défend toutefois de n’être qu’une police de proximité ripolinée, la politique de reconquête républicaine des territoires perdus de notre pays serait, ainsi, en recherche « d’un second souffle ». Oui, mais voilà, pour qu’il y ait un second souffle, encore eût-il fallu qu’il y en ait eu un premier.

La police de sécurité du quotidien – comme si la police était une mission autre que quotidienne -, n’a, en vérité, jamais été autre chose qu’un vaste plan de communication destiné à donner de la visibilité à une politique sécuritaire anémique. Dépourvu d’une véritable vision d’ensemble sur les objectifs à atteindre. Privé d’un budget sanctuarisé et dédié qui permettrait aux forces de l’ordre de se moderniser. Extrait d’un contexte qui voudrait que la police nationale fasse l’objet d’une vraie réforme structurelle et organisationnelle, ce nouveau plan ne repose, en réalité, que sur des annonces en trompe-l’œil, privé de tout caractère opérationnel.

Bien entendu, et comme à chaque fois, le ministre, entouré de son staff galonné, annonce des effectifs supplémentaires. Quinze gendarmes ici, vingt policiers là et, soyons fous, la donne pourra même être doublée là où la délinquance est la plus importante !

Mais quelle méthode a été mise en place pour déterminer ces fameux quartiers rongés par le crime ? Certains apparaissent, aujourd’hui, comme prioritaires alors qu’ils ne l’étaient pas il y quelque mois encore. Sans doute, une fois de plus, le copinage politique avec les élus locaux a-t-il été plus déterminant que les avis des professionnels de terrain. Du déjà-vu à de trop nombreuses reprises ! C’est donc aux préfets et aux procureurs de la République qu’il appartiendra de mettre en place des cellules de lutte contre les trafics. Comme si les trafics et les trafiquants n’étaient pas déjà connus des services de police. Comme si, jusque-là, les policiers et les gendarmes avaient attendu pour identifier les caïds de ces quartiers et proposer des solutions. Car la solution, elle est simple. Elle passe par la neutralisation des gangs qui sévissent dans nos villes. Par des peines exemplaires pour ceux qui font régner la terreur. Par des mesures d’interdiction de séjour seules à même d’écarter durablement les délinquants les plus actifs. Tout le reste n’est que de la poudre aux yeux.

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