Editoriaux - Santé - 13 octobre 2017

Cancer du sein : Octobre rose contesté

Le cancer du sein touche environ une femme sur neuf, représente presque la moitié des cancers féminins, et on observe environ 42.000 nouveaux cas par an en France.

Chaque année, au mois d’octobre, une vaste campagne d’information sur le cancer du sein, appelée Octobre rose, est destinée à sensibiliser et à informer les femmes sur ce cancer qui, s’il est dépisté suffisamment tôt, permet de bénéficier d’une thérapeutique moins agressive et d’un taux de survie bien supérieur à ce qu’il serait s’il était dépisté plus tard.

Comme la précocité du diagnostic est un facteur essentiel de guérison (plus de 90 % de survie à cinq ans si on dépiste un cancer de moins de 1 cm sans adénopathie axillaire), la surveillance personnelle par la palpation des seins et celle réalisée par le médecin traitant d’une manière régulière lors des consultations sont primordiales.

Pour pallier un éventuel manque de surveillance individuelle, les autorités organisent depuis quelques années un dépistage pour les femmes de 50 à 74 ans, à qui on propose une mammographie tous les deux ans prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale. Le créneau d’âge retenu correspond à celui où l’incidence de la maladie est le plus important, mais il est bien évident qu’une femme peut présenter un cancer du sein avant 50 ans ou après 74 ans.

Ce programme de dépistage de masse permettrait de réduire la mortalité de 15 à 20 % d’après l’INCA (Institut national du cancer). Cependant, ce chiffre est remis en cause par certains médecins, regroupés sous le sigle Cancer rose, qui estiment que ce bénéfice est bien inférieur, et selon cette association, le dépistage de masse entraîne aussi des “surdiagnostics”, et donc un protocole thérapeutique agressif pour des cancers non évolutifs qui n’auraient jamais mis en danger la vie des femmes.

On touche là au problème de la médecine de masse fondée sur des résultats statistiques, et de la médecine personnalisée basée sur le risque individuel. Sur le plan statistique, ceux qui critiquent le dépistage de masse ont peut-être raison d’évoquer les risques liés à des surdiagnostics, mais au niveau individuel, un médecin ne peut pas faire courir le risque à une femme de laisser se développer un petit nodule apparemment cancéreux, car il est actuellement impossible de prévoir son évolution, et c’est au stade précoce qu’on peut éviter la mammectomie totale et avoir des chances de guérison complète.

L’action de cette association, Cancer rose, n’est cependant pas inutile, car elle permet d’informer les femmes sur les éventuels préjudices liés à ce dépistage de masse et dénonce la récupération commerciale de cette campagne et la dérive de ce qui devrait être une action philanthropique vers ce qu’ils appellent le “rose business”.

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