Buisson et les gilets jaunes

Si l’on cherche un prophète à la crise des gilets jaunes, il suffira de taper dans le Buisson qui a commis La Cause du peuple pour y trouver les ressorts cachés aux sachants depuis la fondation du monde. La cause du peuple ! Pour un catholique, se revendiquer du Mao fantasmé par la pensée 68 peut sembler paradoxal. Mais les effets vénéneux de ladite pensée 68 sont la déliaison sociale, la désaffiliation culturelle, le triomphe de l’individu roi grâce au marché tout-puissant. La « nouvelle civilisation » de Mme Taubira et le « nouveau monde » de M. Macron en sont le point d’orgue.

Dans ce champ de ruines, le populisme apparaît comme le mouvement de répulsion instinctif de la vie qui cherche sens, désespérément, et témoigne de cette décence commune qu’Orwell oppose à l’égoïsme des élites bourgeoises.

Buisson partage l’état des lieux socio-économique établi par Christophe Guilluy :

– Le déclassement programmé des classes moyennes et la prolétarisation des couches populaires mises hors jeu par l’économie mondialisée. Les travailleurs pauvres réalisent que non seulement leurs conditions de vie se dégradent mais elles stérilisent le lien intergénérationnel.

– Le dysfonctionnement entre économie et société. Lors des Trente Glorieuses, « l’économie faisait société avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société », ce qui n’est aujourd’hui plus le cas.

– La fracture culturelle entre les élites connectées du Village planétaire et la France invisible des périphéries, le Village coutumier.

Et Buisson prophétise dès 2016 : “Voici l’heure de la revanche pour les “imbéciles heureux qui sont nés quelque part” et auxquels on ne cessait de faire payer le crime de nativisme : savoir d’où l’on vient et ce que l’on doit aux siens. Voici que la révolte point contre cette barbarie aussi douce qu’implacable dont ils pressentent qu’elle menace leur simple humanité.” Mais, constate aujourd’hui Guilluy, entre progressistes et populistes, “le rapport des forces vient de changer et la peur a changé de camp”.

Pier Paolo Pasolini a été l’un des premiers à lier la nouvelle économie financiarisée en charge de créer des besoins artificiels avec la nécessité de créer un nouvel ordre anthropologique qui lui soit adapté. Ce nouvel ordre qui suppose l’atomisation de l’individu réduit à la capacité de production et de consommation d’un matériel et matériau humain interchangeable.

Ce rêve des totalitarismes du XXe siècle, le post-totalitarisme du XXIe le réalise. Et Pasolini en appelle à l’Église, héritière de la lutte multiséculaire contre l’Empire. Lui qui dénonce “le pouvoir irréligieux, totalitaire et violent” de la consommation en appelle au pouvoir de l’Eglise pour “être le guide grandiose, mais non autoritaire” de tous ceux qui refusent le nouveau pouvoir de la consommation”.

L’aspect anarchique des gilets jaunes comporte des dangers pour la cohésion nationale, dont nous a préservé jusqu’à ce jour la monarchie républicaine établie par Charles de Gaulle. Elle postule, cependant, une transcendance que le peuple attend de la République, à condition qu’elle parvienne à se dissocier du tout-démocratique.

Les référendums piétinés ont signé le divorce entre le peuple et les élites. Buisson estime que “le référendum n’est pas l’outil désuet et dangereux que décrivent ses contempteurs, mais une technologie de pointe, la seule “appli” qui permette une reconnexion immédiate de la souveraineté populaire avec le pouvoir”.

Les peuples prennent conscience du projet de leur dissolution organique dans la confusion des reconstructions artificielles de l’ordre marchand. C’est l’ombre diabolique de ce nihilisme qui met les peuples en tumulte. Le kathèkon politique ne fonctionnant plus, la démocratie semble arriver à son terme impolitique de crise mimétique généralisée dans la guerre de tous contre tous. Mais pour Buisson, les principes de remise en ordre existent dans le patrimoine culturel, politique et religieux qui nourrit notre intelligence collective. Avec ses raisons du cœur, le peuple les connaît. Et c’est sa cause que défend Buisson.

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