L’ancien monde est révolu. Valéry Giscard d’Estaing emporte dans sa tombe les restes utopiques d’une Europe mercantile, sortie de l’Histoire après les deux guerres mondiales, malgré le sursaut miraculeux français incarné par le général de Gaulle. La fin de l’Histoire était un souhait, à la réalité éphémère. Partout, les puissances d’antan œuvrent à retrouver leur statut.

Il en est ainsi de la Turquie, aux penchants néo-ottomans, de la Russie, qui depuis bien longtemps travaille à retrouver sa place à l’international et l’a merveilleusement réussi, avec la Syrie et la Crimée. Même des civilisations plus anciennes cherchent à renouer avec leur grandeur passée. L’Iran continue de se montrer menaçant, l’Égypte tente de réaffirmer son rôle au Proche-Orient.

Les conflits armés renaissent : le Haut-Karabagh en est une bonne synthèse, qui montre l’activisme turc, la prépondérance russe et l’apathie européenne malheureusement surtout française.

Dans ce contexte de retour à la grande Histoire, tragique et glorieuse à la fois, les budgets européens nous donnent des indications qui ne sont pas bonnes pour la France.

Ainsi, le projet de budget pour la Défense allemande, au titre de l’année 2021, a été fixé à 46,93 milliards d’euros, après une légère augmentation décidée par la commission du budget du Bundestag. Ce montant en fait le premier de l’Europe continentale et le deuxième d’Europe.

Le Royaume-Uni dépense (2020/2021) pour sa défense 53,3 milliards de livres sterling, soit, au taux actuel de change, 59,3 milliards d’euros.

La France a voté un budget de Défense pour 2021 s’établissant à 39,2 milliards d’euros et 44 milliards d’euros, perspective pour 2023 après l’échéance présidentielle. La clause dite de « revoyure « (juin 2021) doit permettre de valider la « marche » de trois milliards d’euros par an pour l’équipement à compter de 2024 afin d’être en mesure de renouveler la dissuasion nucléaire dans son intégralité et d’assumer la construction du porte-avions, mais cette augmentation n’est en rien garantie.

Certes, un budget de Défense n’est pas gage d’efficacité, et la France reste en pointe par la qualité de son armée, qui tient à la tenue des opérations extérieures d’une part, et à la dissuasion nucléaire de l’autre, deux secteurs d’excellence qui donnent à l’armée française un avantage technique et expérimental de premier plan.

Mais le sous-investissement dont elle a été victime depuis au moins deux lois de programmation militaire (LPM), sous les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, n’est qu’à peine compensé par la remontée – réelle et visible dans les unités – des crédits ; les soldes, les infrastructures, le matériel de base peinent à remonter et souffrent d’une comparaison avec les modèles allemand et britannique, où la capacité est moindre mais l’écosystème bien supérieur.

Sur le plan diplomatique, il est inquiétant de voir prospérer un tel différentiel (déjà constaté en 2002 après la calamiteuse gestion d’Alain Richard, ministre de Jospin) car, pour la France, la force armée demeure l’un de ses rares et derniers atouts de supériorité en Europe : Londres a sa City et ses Bourses qui commandent tout (pétrole, minerais, partie du système financier mondial) et Berlin sa puissance économique et industrielle.

Et ce, d’autant plus que la brutale dérive des comptes publics français finira par emporter la LPM, un des derniers îlots au financement non seulement respecté mais en hausse. On le sait d’expérience, qui paie commande. À ce rythme, la France ne commandera plus en Europe sur un plan militaire et sera remplacée, là aussi, par l’Allemagne.

L’argent, c’est le nerf de la guerre. Il peut, dans une certaine mesure, être compensé par l’expérience et l’excellence de nos troupes. Mais ce retard français, dans un domaine qui reste notre premier élément de puissance par rapport aux autres nations du Vieux Continent, doit impérativement être comblé.

Le monde à venir sera militarisé. Nous avons le devoir d’en tenir compte, sous peine d’être définitivement marginalisé.

18 décembre 2020

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