Le samedi 5 juin, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, était l’invité du « Grand rendez-vous 1Les Échos ». Pour parler de la situation économique de la France, un peu ; du Rassemblement national, beaucoup. En temps de , le gouvernement a ses priorités.

Et de se lancer : « Le Front national – aujourd’hui Rassemblement national, il n’y a donc personne pour lui remettre ses fiches à jour, à Bercy ? –, ce n’est pas grand-chose, ce n’est pas un grand parti, ce n’est de grandes personnes, ce n’est pas un grand projet pour le pays. » Et de noter que le « pas grand-chose » en question voit ses résultats « gonfler à mesure des échecs enregistrés depuis vingt à trente ans » ; ce qui pourrait signifier que Bruno Le Maire et ses collègues n’aient pas été totalement performants durant cette période…

Par une sorte de raisonnement confinant à l’absurde, il poursuit : « Le Front national doit être combattu pour son histoire, pour ce qu’il est et ses propositions économiques et financières. » Ce qui signifie que lesdites « propositions » seraient mauvaises par essence, même si allant à l’encontre de celles de partis plus traditionnels, ceux auxquels Bruno Le Maire a appartenu, mais qui n’ont accouché que « d’échecs ». Bref, 0 + 0 = la tête à Bruno.

Décidément très en verve, le fringuant ministre en remet une louche : « Le Front national est une petite chose, que nous devons combattre avec beaucoup de fermeté et de détermination. » Fort bien, même le plus ahuri des téléspectateurs aura saisi le concept. Mais, « en même temps », comme dirait l’autre, il affirme qu’il faut « arrêter de mettre le au centre du débat politique ». Là, on ne suit plus très bien. Si le Rassemblement national est une « petite chose », pourquoi le combattre avec « fermeté et détermination » ? Si c’est un danger majeur, pourquoi le traiter de « petite chose » ?

D’ailleurs, et ce, toujours à propos de « petite chose », on rappellera qu’à l’occasion de la primaire de la et du centre, organisée en 2016 avec le succès final qu’on sait – un an plus tard, , candidat de la droite et du centre, sera privé de second tour comme d’autres de dessert –, Bruno Le Maire se classe bon cinquième, fort d’un score pour le moins mirobolant : 2,4 %. C’est dire s’il est apprécié de ses amis. Il est vrai que ces derniers ont peut-être quelques bonnes raisons de se méfier, sachant qu’il appelle finalement à voter François Fillon au second tour de cette primaire après avoir assuré qu’il n’appellerait à voter pour personne. Puis il lâche son champion en rase campagne et, après avoir clamé qu’Emmanuel était « un homme sans projet », en devient l’un des ministres de premier plan.

Se pencher sur la longue « histoire » du Front national, certes, mais faire de même de celle de Bruno Le Maire n’est pas inintéressant non plus. Très logiquement, se rue dans la brèche, raillant « son mépris absolument total » tout en posant la question qui tue : « Peut-être considère-t-il aussi que les Français sont de petites gens ? »

En 2016, à l’occasion d’un entretien accordé au Point, Bruno Le Maire, probablement conscient des 2,4 % à venir, face à ses camarades de primaire, donnait dans l’introspection : « Mon intelligence est un obstacle… »

Et modeste, avec ça.

7 juin 2021

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