Avec 55,13 % des voix contre 44,87 %, l’affaire est pliée. Jair Bolsonaro sera le nouveau président brésilien. Devant la montée du « populisme », les médias occidentaux sont évidemment au bord de la crise de nerfs ; et pas tout à fait à la hauteur des enjeux, se contentant, pour seule « résistance », à « stigmatiser » l’élu au nom d’arguments plus émotionnels que rationnels, plus subjectifs qu’objectifs. Jair Bolsonaro serait donc « misogyne », « raciste » et/ou « homophobe ». C’est peut-être très vrai et pas qu’un peu faux. Et alors ? Il ne s’agit que d’opinions, réelles ou présumées, quant à l’impétrant dont tout commentateur normalement constitué devrait se foutre : Churchill, Mandela et de Gaulle étaient-ils « misogynes », « racistes » ou « homophobes » ? Peut-être que oui ou que non, mais voilà une question qui n’aura pas troublé le sommeil des historiens.

En ces colonnes, le portrait de Jair Bolsonaro a déjà été dressé et on ne voit guère ce que l’on pourrait y ajouter aujourd’hui, hormis ceci : l’analyse de Lamia Oualalou – auteur de Jésus t’aime ! La déferlante évangélique, publiée au Cerf, éditeur pas précisément gauchiste – publiée par Marianne, hebdomadaire qui a tout de même retrouvé quelques couleurs depuis que Natacha Polony en a repris les rênes. Comme quoi il n’y a pas que des brebis galeuses dans le troupeau des « journalopes »…

Pour résumer, les évangélistes américains sont, toutes choses égales par ailleurs, globalement aux catholiques ce que les wahhabites saoudiens sont aux musulmans : des théocrates n’ayant jamais eu crainte d’enrôler Dieu sous leur bannière à des fins souvent plus politiques que religieuses. Sauf qu’ici, la manipulation est plus fine, les moyens financiers mis en œuvre autrement plus conséquents, et le résultat plus discret, même si les conséquences à long terme peuvent se révéler tout aussi mortifères. Ce que Marianne confirme : “Jair Bolsonaro bénéficie d’un puissant relais, les églises évangéliques. Car si le reste, selon le recensement effectué en 2010 par l’Institut brésilien de géographie et de statistiques, le premier pays catholique du monde, le poids des fidèles du Vatican s’est effondré, passant de 92 %, il y a quarante ans, à 64 %.”

De la religion à la politique, il n’y a souvent qu’un pas, ici allègrement franchi : “Un député sur cinq, des ministères et des mairies prestigieuses, dont celle de Rio de Janeiro” sont désormais chasse gardée de ces envahisseurs protestants en pays catholique, lesquels n’hésitent pas à fouler aux pieds le fragile édifice entre adeptes de Rome et du candomblé, animisme ancestral importé d’, avec ses esclaves et ses chaînes, mais qui fait aussi toute la saveur identitaire de ce pays.

Après, certains peuvent hululer au son des « loups entrés dans Paris » comme à Brasília. D’autres ont également le droit de se féliciter de cette nouvelle victoire du « populisme », laquelle mérite un sérieux bémol, sachant que Steve Bannon – équivalent « nationaliste » de ce qu’un George Soros peut être aux « mondialistes » – demeure aux commandes, puisque conseiller du Bolsonaro en question. Résultat : Marianne dixit, pour « populiste » qu’il soit, l’actuelle feuille de route du Brésil consiste à justement interdire au même Brésil “toute projection à l’étranger” ; c’est-à-dire à entendre demeurer maître de son propre destin. Soit un retour à la case départ, celle d’hacienda du cousin Jacinto, à défaut de case de l’oncle Tom ; ce qui laisse aux USA, Donald Trump ou pas, en passe d’abandonner ses velléités géopolitiques en Orient par pertes et profits, toute latitude de reprendre pied en une traditionnelle zone d’influence, continent de moins en moins latin et catholique, mais ayant vocation à demeurer plus vassal qu’allié.

Être « populiste » consiste avant tout à défendre son peuple. Ce n’est manifestement pas le cas de Jair Bolsonaro, malgré des promesses de campagne dignes de celles d’un .

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