Invité sur France Inter, le 27 mai, le rappeur Booba, duc de Boulogne-Billancourt (« Boulbi ») autoproclamé, était complaisamment interrogé, entre autres, sur le Rassemblement national et sa domination dans le champ politique.

On ne s’attendait guère de voir Booba en cette affaire. Lui, pourtant très à l’aise avec les enjeux, a répondu sans sourciller que les idées du premier parti de France ne devraient pas avoir droit de cité. « On ne devrait pas pouvoir voter pour quelqu’un du Front national » furent les termes exacts. Il a précisé son propos avec un remarquable souci didactique : « C’est comme des nazis » et Jean-Marie Le Pen a « torturé des Algériens ».

Ces quelques mots un peu disruptifs méritent d’être clarifiés. D’abord le mot « nazisme », le plus rigolo. Des nazis ? Vraiment ? Les électeurs du RN ? Je ne connais pas très bien cette période, pas davantage que Booba peut-être, mais enfin, avouons que le ne ressemble pas tout à fait au NSDAP. On a dû lui dire ça en cinquième (« Le Pen, c’est la haine, le nazisme ») et il l’a retenu. Jean-Marie le Pen, tortionnaire ? Clin d’œil un peu facile au public banlieusard, souvent d’origine afro-maghrébine, qui écoute ses chansons. Pas de quoi en faire une montagne.

Non, en fait, le plus intéressant (si on peut dire) dans les déclarations de cet artiste, c’est le fait que, selon lui, on ne devrait pas pouvoir voter pour le RN. En tête dans tous les sondages, bien placé pour remporter plusieurs régions, le premier parti de France n’aurait pas voix au chapitre ? Et pourquoi ? Parce qu’il est apprécié par des gens qui sont « comme des nazis » ? C’est une curieuse façon de participer au débat démocratique.

Mais après tout, une fois la surprise passée, on se dit qu’il n’y a rien là que de très normal. Quand on vous annonce qu’un rappeur s’est exprimé au sujet du sur France Inter, tout est réuni pour que ça se passe bien… La radio d’État avait déjà reçu Geoffroy de Lagasnerie, un peu moins connu que Booba, mais dont les propos sur la censure des conservateurs étaient du même acabit, quoi que pas du même style. C’est leur fonds de commerce.

C’est peut-être ça, la France fracturée. Des médias et des artistes qui font la morale au peuple et, face à eux, le vrai peuple, justement, qui a le droit de vote et qui se fout pas mal des anathèmes. Au moins, la vérité se fait jour : la dictature n’est décidément pas un truc de droite. Pas plus que l’inculture ou l’outrance, d’ailleurs. Merci, Booba.

28 mai 2021

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