Editoriaux - Politique - 5 octobre 2019

Attentat islamiste de la préfecture de police : était-ce vraiment imprévisible ?

L’attentat survenu dans les locaux de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris était tout sauf imprévisible. Et sans vouloir jouer les Cassandre, il y a fort à parier que ce genre d’action se reproduira dans des lieux tout aussi protégés que semblait l’être le quartier général de la police parisienne.

La présence possible d’islamistes radicalisés au sein des forces armées ou des forces de sécurité a toujours été pressentie par les spécialistes, et plusieurs tribunes ont d’ailleurs été consacrées à ce sujet sur Boulevard Voltaire. En effet, constituées d’individus à l’image du corps social dans son ensemble, il n’y avait aucune raison de penser que nos institutions pouvaient être totalement épargnées par ce type de contamination. Certes, les modalités de recrutement, les contrôles exercés via les enquêtes de personnalité ou la consultation des fichiers en amont des embauches ou des affectations sensibles ainsi que la présence, en interne, d’un cadre hiérarchique plus affirmé pouvaient laisser à penser que des attentats de cette nature étaient fort improbables. La réalité vient donc de nous rattraper et de confirmer, si besoin en était, qu’aucun milieu, aucun corps constitué, aucune institution n’est à l’abri d’une attaque terroriste.

Mais le fait marquant de cette attaque n’est pas tant qu’elle se soit produite dans une enceinte a priori fortement sécurisée. D’autres attentats, par le passé, avaient déjà touché des locaux protégés et que l’on croyait intouchables. On se souvient, par exemple, de l’attentat à la bombe commis par le groupe Action directe le 9 juillet 1986, dans les locaux de la brigade de répression du banditisme à Paris. L’explosion avait fait un mort et trente blessés, parmi lesquels de nombreux policiers. De même, nous savons aujourd’hui que des commissariats ou des brigades de gendarmerie sont, depuis longtemps, régulièrement attaqués par des individus qui vont souvent puiser dans l’esprit du djihad. Non, la « nouveauté » se trouve dans le fait que l’auteur de ces assassinats faisait partie de l’administration policière. Et, surtout, que la proximité qu’il entretenait avec ses collègues depuis plusieurs années n’a en rien entravé son passage à l’acte.

Ainsi, si ce genre d’attentat était bien prévisible, reste maintenant à savoir comment éviter qu’il ne se reproduise. Et, surtout, comment, en prenant les mesures indispensables, éviter les amalgames qui ne manqueront pas de survenir entre le libre exercice d’une religion quelle qu’elle soit et l’impérieuse nécessité qu’il y a à assurer la sécurité de tous les Français partout où ils se trouvent.

Vraisemblablement la solution passe-t-elle par un renforcement des enquêtes de personnalité et, surtout, un suivi efficace au sein des services de sécurité, notamment, les plus sensibles. On sait combien, aujourd’hui, ces enquêtes sont parfois « légères ». Également par un meilleur contrôle hiérarchique interne, chaque fonctionnaire, policier ou militaire devant prendre, désormais, conscience que le danger islamiste n’est plus exclusivement extérieur. Enfin, par un durcissement des mesures de contrôle et de sécurité à l’intérieur des établissements sensibles (administrations, commissariats, casernes, prisons…).

Mais, surtout, il y a deux leçons que nos dirigeants politiques doivent absolument retenir de cet attentat. La première, c’est que le terrorisme islamiste essaime imperceptiblement et qu’il est bien devenu une problématique globale qui concerne la nation dans son ensemble. Jusque-là trop souvent considéré et traité à dessein comme un simple fait divers, il est grand temps de comprendre que la France et les Français sont en grand péril. La seconde est qu’il ne sert à rien de vouloir exercer des pressions ou des menaces sur celles et ceux qui connaissent la vérité. Celle-ci ne peut qu’émerger et de tels agissements, en dehors de la confusion qu’ils sèment, ne peuvent que discréditer davantage leurs auteurs.

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