Bardella et Ciotti face aux patrons : un dernier cordon sanitaire… fragile

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Les candidats à l'épreuve de physique du bac n'étaient pas les seuls à plancher, aujourd'hui. Bardella et Ciotti passaient leur entretien d'embauche, ce 20 juin au matin, face aux représentants de douze organisations patronales de tous types, de la PME à la grande entreprise, accompagnées de trois organisations professionnelles, le tout réuni à Paris. Face aux deux candidats, les représentants de 90 % des entreprises françaises privées. Sur la scène, la vedette de BFM Business Edwige Chevrillon pose des questions et fait respecter le timing pour que tous les ténors de la course aux législatives, d’Édouard Philippe à Éric Coquerel en passant par Bardella et Ciotti, donc, aient leur chance.

« Des aventures périlleuses » ?

Le patronat, c’est, en vérité, l'un des derniers cordons sanitaires qui tiennent encore dans l’opinion. Le chant s’élève, ininterrompu depuis des années, dans les quotidiens et magazines économiques : avec l’extrême gauche comme avec l’extrême droite, l’économie française plongera dans des abysses inconnues, sombres et glaciales. Un dos-à-dos facile. Car le RN et le tout nouveau Nouveau Front populaire n’ont pas vraiment les mêmes modèles, ni les mêmes programmes, ni les mêmes credo. Mais la cité de la peur a déplacé ses remparts. Les adversaires du RN n’osent plus évoquer de fumeux et terribles génocides. Ni des politiques antisémites violentes : plus personne n’y croit, les Juifs moins encore que les autres. Ni la guerre civile le soir même de l’élection : cela ne prend plus. Reste l’économie. Une petite partie du patronat sonne le tocsin.

Ce 20 juin au matin, le patron du MEDEF Patrick Martin a ainsi attaqué, dans Le Figaro : « Alors que la situation des finances publiques est très tendue, que la concurrence internationale est forte et la conjoncture molle, c’est le pire moment pour se lancer dans des aventures périlleuses. ». En clair, il faut choisir d’urgence ceux qui ont creusé la dette de la France comme jamais et plombé le commerce extérieur de 100 milliards d’euros, soit les députés macronistes. Ou rien. Enthousiasme non garanti. Pas de chance, en une du Figaro Économie, juste à côté de la photo du patron du MEDEF, s’affiche un autre titre : « La dérive des comptes publics de la France inquiète l’Europe ». Mais elle n'inquiète pas Patrick Martin, apparemment. « La Commission (européenne) propose de placer la deuxième économie de la zone euro en "procédure de déficit excessif" », précise pourtant le quotidien. De quoi diluer les sombres pronostics du patron du MEDEF.

Pressions politiques

« J’ai compris qu’il fallait que je rassure, commence Bardella. Je vous remercie pour votre invitation, un peu moins pour les amabilités que vous avez eues à mon endroit dans Le Figaro », lance-t-il à Patrick Martin. Bardella a moyennement apprécié de « se réveiller le matin en étant qualifié de danger par la personne qui vous invite pour dialoguer ». Façon de souligner la neutralité très relative du patron du MEDEF. Dans la foulée, Bardella déroule des propositions pas si étatistes que cela : baisse des impôts de production, maintien des heures supplémentaires défiscalisées, organisation d’états généraux de la simplification administrative et normative, pause règlementaire, création d’un fonds souverain, réduction drastique des dépenses publiques, etc.

Les patrons font figure de dernier village gaulois face à l’envahissant RN. Un sondage IFOP-Fiducial pour Les Échos assurait, le 13 mai dernier, que seuls 15 % des patrons de TPE (très petites entreprises) étaient prêts à voter Bardella aux européennes. Mais le sujet RN divise. Selon le même quotidien économique, au sein de l’organisation patronale Impact France, l’appel à voter contre le RN, et seulement contre lui, a provoqué des claquements de porte et des inconforts bruyants… Car les pressions politiques sont fortes sur les patrons pour qu’ils fassent rempart de leur corps contre l’arrivée du RN au pouvoir.

« Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a beau les appeler à "se mouiller" », constate le magazine économique Challenges, rares sont ceux qui, comme le patron de la coopérative Biocoop, appellent à "faire barrage contre l’extrême droite". La trouille au ventre devant l’idée que les extrêmes prennent les commandes, les réactions diffèrent. » Le patron du MEDEF et quelques autres ont obtempéré. Déjà, en janvier, Patrick Martin n’avait pu s’empêcher de clamer, dans la presse régionale, que le RN était « dangereux pour notre économie ».

Intérêt général

Pourtant, les patrons, si précieux et brillants soient-ils, ne sont en charge ni de la France ni de l’intérêt général. Le recours excessif à l’immigration, par exemple, peut faire baisser les coûts de certaines entreprises, mais peut entraîner une hausse de l’insécurité, préjudiciable à toute la société. Combien d'entre eux se préoccupent du « bien commun » ?

On prête au général de Gaulle ce mot jeté au patronat français après la guerre : « Je n’ai vu aucun de vous, messieurs, à Londres. » Dans la capitale anglaise puis à Alger, le même De Gaulle dénonçait les responsables de la défaite de 1940, stigmatisant « la France trahie par ses élites dirigeantes et par ses privilégiés ». Rien n’a changé.

Marc Baudriller
Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Il me semble que Monsieur Patrick Martin est aveugle ou alors maso, il est contre le RN c’est son droit alors pour qui va- t il voter? pour celui (B Lemaire)qu à fait dans le budget national un vide sidéral ou pour les sbires de Mélenchon qui avec eux c’est la ruine financière de notre pays Mais c’est vrai ces gens là sont des grands utopistes irresponsables

  2. Combien de personnels politiques ont des  » intérêts » dans les entreprises?
    Combien de personnels politiques doivent leurs places au patronat?
    Il faut aussi regarder l’intérêt général du pays.
    Je ne doute pas un instant que ces organisations patronales subissent des pressions.
    Et surtout l’économie est au service de la politique pour le bien du pays.

  3. Les patrons doivent favoriser le dialogue avec des syndicats responsables.La CGT est trop politisée. Les Fossoyeurs des entreprises avec une immigration bon marché ont cassé la vie économique de tout le territoire. La haine des patrons des propriétaires de ceux qui produisent et donc paient des impôts est une honte absolue. L’état fait du social et du sociétal pour garantir un électorat et de la consommation mais rarement de la production c’est le grand péché du socialisme qui n’a plus que le nom.La haine du travail de la famille du bien fut développée pour assouvir du marxisme pur et dur cette mentalité qui perdure encore aujourd’hui au détriment de tous.

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