C’est une tradition supplémentaire que la gauche souhaite interdire. Après les débats sur la chasse à courre, c’est au tour de la tauromachie (inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France en 2011) d’être dans le viseur des défenseurs des animaux. Le député France insoumise de la 18e circonscription de Paris veut mettre fin à cette pratique qu’il qualifie de « spectacle immoral ». Selon lui, la corrida est « un spectacle qui n'a plus sa place au XXIe siècle, je pense que c'est un point de vue qui est partagé par une majorité des Français », a-t-il confié à nos confrères de l’AFP et repris par Le Figaro. C’est pourquoi le parlementaire veut réaliser une modification du Code pénal qui punit la maltraitance animale. « C'est une proposition de loi que j'espère bien voir débattue à l'Assemblée en novembre », indique l’ancien chroniqueur d’« On n’est pas couché ».

Quels arguments ?

Si Aymeric Caron entend supprimer toutes pratiques de la tauromachie en France, il est nécessaire de rappeler dans quel contexte la corrida est autorisée. Peu le savent, mais la pratique de la tauromachie est interdite en France, sauf dans quelques villes. Les municipalités telles que Béziers, Bayonne ou Arles ont le droit d’accueillir des spectacles avec mise à mort d’un taureau de combat. Cette exception, on la doit à un alinéa présent dans le Code pénal qui permet cette pratique « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Le Parisien évoque les espaces situés « entre le pays d'Arles et Pays basque, entre Garrigue et Méditerranée, entre Pyrénées et Gascogne, en Provence, Languedoc, Catalogne, Gascogne, Landes et Pays Basque ».

Mais pour le député mélenchoniste, cette justification ne vaut rien, car « ce n'est pas une tradition française, c'est une tradition espagnole qui a été importée en France au milieu du XIXe siècle pour faire plaisir à l'épouse de Napoléon III, qui était andalouse ».

Quelles alliances à l’Assemblée pour interdire la corrida ?

Pour mener son combat législatif, Aymeric Caron pourra s’appuyer sans difficulté sur la centaine de députés étiquetés NUPES. Cela ne suffit pas. La droite et le Rassemblement national sont souvent les défenseurs des traditions, et du côté de la majorité présidentielle, c’est compliqué. En 2019, le groupe LREM à l’Assemblée nationale avait souhaité interdire l’accès des corridas aux mineurs. Cette proposition fut poussée par Aurore Bergé : « Un certain nombre de films sont interdits aux mineurs, mais un film, c'est une fiction. Or, la corrida n'est pas une fiction [et] je ne considère pas que ce soit un spectacle, car à la fin, quoi qu'il arrive, vous avez un animal victime de souffrances et qui meurt. » Une position qui même à l’époque n’était pas partagée par tous les membres de la majorité. Le ministre chargé de la Cohésion des territoires (Jacqueline Gourault) et celui de l’Agriculture (Didier Guillaume) avaient été aperçus au premier rang d’une corrida. On peut également citer l’appel de 41 personnalités : « La corrida est un art et nul ne doit en être exclu. » C’est sans oublier l’actuel garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, qui a défendu la tauromachie à plusieurs reprises. « Je suis passionné de corrida. Je ne veux pas qu’on m’emmerde quand j’ai décidé d’y aller », confiait l’avocat dans l’émission « C dans l’air » sur France 5.

Quelles répercussions ?

Chaque débat sur la corrida laisse rapidement place aux émotions d’un côté comme de l’autre. Mais derrière le simple « spectacle » de la corrida il y a tout un écosystème, des professions qui disparaîtraient si elle venait à être interdite en France. Les premiers touchés seraient les éleveurs de taureaux de combat. Ils élèvent une race uniquement dédiée à la corrida, cette espèce serait inadaptée pour les circuits traditionnels tels que la boucherie. De plus, cela aurait des « répercussions au niveau naturel. On entretient les territoires car on fait de l’élevage extensif », nous explique Virgile Alexandre, président de l’Association des éleveurs français de taureaux de combat. Une moins-value financière serait automatiquement observée par les commerces situés dans les villes ou la corrida est pratiquée. « Pendant les ferias, les commerces tels que les hôtels ou les restaurants peuvent réaliser jusqu’à un tiers de leur chiffre d’affaires », ajoute Virgile Alexandre.

Mais alors pourquoi Aymeric Caron veut-il mettre un coup d’arrêt à la corrida ? Le député doit pertinemment savoir que la tauromachie disparaîtra d'elle-même. Ce n’est qu’une question de temps. Le président des éleveurs français de taureaux de combat reconnaît que « si on ne se bat pas, la corrida est vouée à disparaître ». Et pour cause : selon un sondage de l’IFOP publié en septembre 2021, 81 % de Français se disent opposés à la corrida avec mise à mort du taureau.

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3 août 2022

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3 commentaires

  1. La corrida est notre culture qu on le veuille ou non.
    La réalité est qu une immense majorité des gens en terres taurins sont contre l interdiction même s ils n aiment pas ça.
    LIBERTÉ ! Qu on nous laisse vivre comme on veut et ce n et.pa un député bobo parisien qui me dictera ce que je dois manger ou comment je dois vivre. Si la corrida n était que boucherie croyez vs qu autant de gens continueraient d aller aux arènes en 2022?

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