Editoriaux - Santé - 24 mars 2019

Avortement : clause de conscience, “pas génial”, certes…

Étonnamment, la semaine dernière, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a pris une position courageuse, par ces temps hautement idéologiques qui courent, en s’opposant à l’amendement visant la suppression de la double clause de conscience pour les médecins concernant la pratique de l’IVG. En effet, elle a argué du fait que cette mesure était une fausse bonne idée puisqu’elle compliquerait, selon elle, l’accès à l’IVG pour les femmes…

La gauche, dans toutes ses nuances de gris mortifère, y verrait pourtant une avancée pour la société – comme toujours -, jugeant cette disposition de la loi Veil obsolète. Nous ne connaissons que trop bien leur argumentation, se justifiant par la théorie progressiste qui voudrait aller toujours plus loin, pour le bien des personnes et l’épanouissement de la société… Ici, en l’occurrence, le progrès pour les femmes, bien évidemment !

Les arguments de cette opposition sur la question de la double clause de conscience – comprendre : une clause de trop – et plaçant donc l’IVG comme un acte « à part », seront donc tranchés mardi prochain lors du vote à l’Assemblée nationale.

Pour rappel, en France, l’IVG peut se pratiquer jusqu’à la fin de la douzième semaine de grossesse. Peut-elle être considérée comme un véritable progrès ? La réponse dépend évidemment du point de vue où l’on se place. Éthique, pratique ? Au risque d’offusquer quelques-uns, il faut le rappeler, pratiquer l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse, soit trois mois, c’est supprimer quoi qu’il en soit un être en devenir.

Cet amendement déposé par La France insoumise et le Parti socialiste, soutenu de surcroît par le Parti communiste, ne se préoccupe guère de ce petit être, sans défense, silencieux et vulnérable, qui sera extirpé de force du ventre de sa mère. Certes, il ne s’agit pas, présentement, de revenir sur le débat autorisant ou non l’IVG. Encore que… Il y aurait certainement lieu d’en discuter puisque, l’époque n’étant plus la même, il convient de rappeler que les fondements et les intentions de Simone Veil étaient d’éviter que trop de femmes ne décèdent lors de l’intervention des faiseuses d’anges… Ces interventions étaient réalisées le plus souvent dans des conditions d’hygiène déplorables.

Devons-nous, pour autant, nous immiscer dans le libre arbitre des médecins et leur pratique en pensant résoudre des problèmes d’organisation dans le parcours de l’IVG ? Effectivement, ce n’est pas à nos députés de choisir pour le médecin, qui doit pouvoir agir en son âme et conscience, car il n’est pas un bon petit soldat obéissant. Et il est heureux que les médecins puissent se protéger, en évoquant cette double clause, si la pratique de l’IVG leur pose effectivement un problème de conscience. L’IVG est, de ce fait, un acte « à part » qui vaut bien que le discernement du médecin, qui reste avant tout sauveur de vie, selon le serment d’Hippocrate prononcé pour exercer son métier, mérite une double sécurité.

Cet acte médical qu’est l’IVG étant tellement lourd de conséquences et la décision de le pratiquer ne se prenant pas à la légère, cet amendement ne se justifie donc pas. Il n’y a jamais trop de prudence à observer lorsque nous touchons à la vie humaine.

Si cette clause de conscience, “c’est pas génial”, pour reprendre les propos d’Agnès Buzyn devant les députés – en quelque sorte, comme pour s’excuser -, elle n’en révèle pas moins tout le génie de civilisation porté par le serment d’Hippocrate. En outre, elle est à mettre à l’honneur de celle qui porta cette loi sur l’IVG en 1975 et qui, accessoirement, fut un temps la belle-mère de l’actuel ministre de la Santé.

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