Audio - Entretiens - Politique - 12 octobre 2018

Aurélien Pradié : “C’est un réflexe partisan et indigne. Ils ont voté contre le texte sans même l’examiner…”

Aurélien Pradié est l’auteur d’un projet de loi visant à réformer le statut des AVS (auxiliaires de vie scolaire pour les enfants en situation de handicap) dont le rejet aveugle et unanime par la majorité a déclenché l’ire de François Ruffin, qui a dénoncé des “députés Playmobil”. Aurélien Pradié exprime, lui aussi, son indignation au micro de Boulevard Voltaire.

Vous avez défendu une proposition de loi à l’Assemblée nationale visant à réformer les statuts des AVS et des AESH. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette réforme ?

Cette proposition de loi fait suite à des mois d’audition et de travail en profondeur sur le sujet.
Nous avons voulu faire plusieurs choses. D’abord, donner un vrai statut à ces 80.000 femmes et hommes qui accompagnent les enfants en situation de handicap dans nos écoles. Ils sont, aujourd’hui, dans des situations d’extrême précarité. Ils sont, par ailleurs, souvent très peu formés aux missions qu’ils assurent. Tout un pan de cette proposition de loi visait à revoir leur statut et leur niveau de rémunération. Aujourd’hui, les AVS gagnent moins de 800 euros pour une vingtaine d’heures de travail. Il s’agissait de leur assurer une formation qu’il n’ont pas aujourd’hui et une spécialisation sur l’autisme, les déficiences visuelles, etc.
Un second pan de la loi allait au-delà. Il visait à mieux accompagner les enfants en situation de handicap autour de l’école durant le temps du repas et des périodes périscolaires et extrascolaires, notamment pendant les voyages scolaires. Nous avons, aujourd’hui, des enfants privés de voyage scolaire parce qu’ils sont en situation de handicap. La loi s’intéressait à toute cette partie-là du sujet.
C’est une proposition de loi sur laquelle nous avions beaucoup travaillé. Elle était tout à fait sérieuse et crédible et elle aurait pu faire avancer les choses.

Cette proposition a été unanimement retoquée par la majorité. Certains de vos collègues semblent avoir adopté un réflexe purement partisan…

C’est un réflexe totalement sectaire et, en vérité, assez indigne sur un sujet pareil.
Non seulement les députés de La République en marche n’ont pas accepté le texte mais, en plus, ils ont voté une motion de rejet préalable. Ils ont voté contre le texte sans même l’examiner. Cette attitude est tout à fait honteuse, étant donné la nature du sujet.
Avant que le texte ne soit examiné en séance publique dans l’Hémicycle, nous l’avions examiné en commission. J’ai alors défendu pendant plus de trois heures les propositions que nous formulions. Seul le groupe politique de La République en marche n’a pas fait une seule proposition et n’a pas déposé un seul amendement.
J’ai accepté des idées venant de tous les groupes politiques. La République en marche n’a rien proposé et nous a même empêchés de tenir le débat sur le sujet. C’est un acte de démission des députés tout à fait invraisemblable.

Cette proposition a reçu le soutien de beaucoup de vos collègues, notamment celui de François Ruffin, député de La France insoumise. Il a fustigé l’attitude des députés de la majorité en les qualifiant de “députés Playmobil”. Est-ce une façon de montrer que des projets de loi peuvent être défendus par tous les bords politiques confondus ?

J’ai été très fier de la séquence d’hier, très fier de voir que, sur la volonté d’ouvrir le débat sur un sujet comme le handicap, nous pouvions rassembler les communistes, les socialistes, les Constructifs et La France insoumise. Vous avez entendu les propos de François Ruffin. Il fallait entendre également ceux du groupe communiste, du groupe socialiste ou des Constructifs. Ils ont dit que ce texte n’était pas parfait, mais qu’il permettait de faire avancer les choses et d’ouvrir le débat.
Seuls les députés de La République en marche se sont opposés.
Jean-Michel Blanquer nous a dit que nous, Les Insoumis et Les Républicains, arrivions à nous ressembler. Et il voudrait presque que nous en ayons honte. Je considère que d’être capables de rassembler au-delà des clivages politiques sur un sujet comme le handicap à l’école est plutôt une preuve d’intelligence qu’une source de honte. Tout cela nous a rendus fiers.

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