Editoriaux - International - 1 mars 2019

Audition de Cohen au Congrès américain : et l’Oscar revient à…

Il est assurément dommage que Redemption – le dernier téléfilm de soutien à l’impeachment de Trump – n’ait pu être sélectionné pour les Oscar 2019. Rétablissons les choses.

Le prix du meilleur acteur (rôle principal) est ainsi décerné à Michael Cohen, ex-avocat de Trump. Il a livré son texte avec passion, sincérité et avidité. Devançant les objections de quelques républicains pro-Trump, qui passaient pour des teigneux parce qu’ils n’avaient sans doute jamais lu Saul D. Alinsky (Être radical : manuel pragmatique pour radicaux réalistes, livre qui a influencé la génération Obama). Cohen a su mentir en disant la vérité. Côté vérité, il a confirmé qu’il n’y a pas eu de collusion avec la Russie de la part de Trump, ni de chantage sexuel, ni d’incitation à parjure, ni d’usage de drogues, ni d’avortement d’enfants illégitimes. Mais sa soif de « rédemption » l’a poussé à produire une file d’insinuations « massives » destinées à projeter une conclusion : Trump est une souillure indigne de la présidence.

Le prix de la meilleure production revient au financier Tom Steyer (1,6 milliard de dollars d’actifs) qui est fixé sur la révocation (impeachment) de Trump. Il a tout récemment organisé une campagne de financement pour certains élus, dont Elijah Cummings, le président de l’Oversight Committee de la Chambre qui a distribué Rédemption devant des millions d’Américains ce mercredi.

L’avocat de Cohen mérite le prix du meilleur scénario. Lanny Davis, un proche des Clinton, a en effet orchestré à merveille les séquences comme le contenu de l’histoire, masquant les zones noires de son client, créant le suspense et, surtout, faisant inscrire dans la déposition écrite de Cohen un paragraphe sur la Russie (alors qu’il avait été précisé qu’on n’en parlerait pas, du fait de l’enquête Mueller). Elijah Cummings, partant du principe que la déposition contenait ce paragraphe, a donc levé la restriction. On a parlé de la Russie.

L’Oscar de la meilleure adaptation revient au président du House Intelligence Committee, spécialiste de la preuve par absence de preuve (« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de preuves que le crime n’a pas été commis »), le député Adam Schiff, qui a préparé Cohen avec Davis, afin que ses questions-réponses du jour soient compatibles avec celles à venir lors de son audition le lendemain devant le comité présidé par Schiff.

Alors que le prix Nobel de la paix semble échapper à Trump en Corée, alors que sa remontée dans les sondages (depuis l’affaire du mur et celle de la surprenante « infanticidophilie » du parti démocrate) est significative, Trump va devoir affronter une probable procédure de révocation qui risque de le paralyser. Il en a l’habitude…

Cohen a été condamné pour des actes répétés de fraude (bancaire, fiscale). Il a plaidé coupable pour fraude au financement électoral alors que d’autres avaient été acquittés pour la même infraction. Il a aussi été condamné pour parjure pour avoir donné une mauvaise date au Congrès sur la fin des négociations d’un Trump Tower à Moscou (ceci a eu lieu après la victoire de Trump aux primaires et ces négociations n’avaient rien de criminel). Pourquoi cet acharnement soudain ?

Parce que, pour négocier une remise de peine, il lance habilement des pistes pour ceux en charge des affaires en cours. Parce qu’il veut valoriser son histoire, sur papier ou pellicule, au moment où la haine de Trump domine chez les éditeurs comme à Hollywood… Chapeau !

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