Economie - Editoriaux - 21 décembre 2019

Assurances-vie : on fait les poches ?

Selon un projet d’arrêté ministériel, la provision pour participation aux bénéfices (PPB) sera désormais comptée dans les fonds propres des assureurs. Il s’agit des fonds systématiquement mis de côté par les assureurs, des bénéfices anciens non distribués et économisés dans une cagnotte en prévision d’une période économique difficile. Cet argent appartient sans conteste aux assurés.

Si les banques ou les compagnies d’assurances se retrouvent au bord de la faillite, elles pourront utiliser ces PPB comme fonds propres, en clair les confisquer pour payer leurs créanciers. Bien sûr, des garde-fous seront établis ; s’ils sont utilisés par les assureurs pour leur éviter la banqueroute, les PPB devront être remboursés dès que la conjoncture le permettra. Mais cette promesse risque d’être écrite sur du sable, car rien ne dit que les assureurs, après avoir frôlé la faillite, puissent se remettre suffisamment pour rembourser leurs emprunts forcés.

En outre, les PPB ne seront plus distribués comme ils l’étaient jusqu’à présent. Les assureurs puisaient dans ce fonds pour améliorer le rendement anémique des fonds euros afin de faire mieux que la concurrence et attirer le maximum de clients. Les compagnies d’assurances risquent désormais de garder jalousement ce trésor qui garantit leur solvabilité. Pire : elles pourront diminuer drastiquement les rendements qu’ils pourraient éventuellement verser pour faire grossir cette cagnotte.

Après avoir longtemps été favorisés, les fonds euros, dont le montant est garanti, sont devenus des boulets du fait de la raréfaction des emprunts à taux positifs. L’affaissement de leurs rendements à un taux guère supérieur à celui de la caisse d’ incitera les assurés à ne plus y effectuer de versements et les encouragera à transférer leur vers les unités de compte, basées sur des actions ou des SCPI, le montant de celles-ci n’étant plus garanti et pouvant s’effondrer en cas de krach boursier.

Les assurances-vie vont-elles devenir, pour autant, un placement risqué ? Déjà, il faut savoir que depuis la loi Sapin 2, le gouvernement, en cas de crise, a la possibilité de suspendre, retarder ou limiter les retraits, avances et arbitrages, pour empêcher les assurés de réagir afin de limiter leur casse. Faut-il, alors, s’affoler et retirer tous ses fonds de l’assurance-vie ? Bien sûr que non, le remède risquant d’être encore pire que le mal. À moins de les convertir en billets ou en or, placés chez soi et non dans les coffres de banques, les fonds récupérés des assurances-vie seront placés nécessairement sur des dépôts bancaires qui pourront aussi être bloqués en cas de crise particulièrement grave. Les épargnants finiront néanmoins par récupérer une fraction de leurs fonds. Or, la solution d’un effondrement bancaire et boursier total passera par une inflation élevée. Les fonds placés en assurance-vie suivront en partie cette inflation, alors que les simples dépôts bancaires seront implacablement dévalués. De plus, fermer ses assurances-vie revient à se priver de l’avantage successoral, les héritiers risquant de payer au fisc 25 % des sommes perçues au lieu de 7,5 %.

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