Accueil Culture Apothéose de l’art : la banane à 120.000 dollars dévorée en pleine foire
Culture - Editoriaux - Société - 11 décembre 2019

Apothéose de l’art : la banane à 120.000 dollars dévorée en pleine foire

On ne le dit pas assez : nous vivons une époque formidable. Formidable parce que l’enflure s’y paie au prix du platine et qu’en matière d’art, pour peu que le commentaire atteigne au comble du pompeux et de la boursouflure, moins on en fait, mieux on se vend.

En effet, la devise de l’art d’avant-garde – je parle, ici, de l’art du « marché », celui des grandes galeries et des foires internationales — pourrait aujourd’hui s’écrire ainsi : si je vends, c’est que c’est du vent !

D’aucuns en vivent grassement et d’autres, champions de la parasitologie, prospèrent sur ce marché de l’escroquerie. Ainsi, un dénommé David Datuna, artiste performant, Géorgien de Tbilissi vivant aux États-Unis, vient-il de se hisser au sommet de la renommée en bouffant la banane vendue récemment 120.000 dollars et exposée à la foire d’art contemporain Art Basel de Miami.

Cette banane conceptuelle est une œuvre de l’Italien Maurizio Cattelan, grande gloire internationale. Galactique, même. On lui doit, entre autres chefs-d’œuvre vendus des fortunes, le pape Jean-Paul II terrassé par une météorite, Hitler agenouillé et suppliant (vendu 15 millions de dollars, en 2016, chez Christie’s), un pauvre cheval empaillé suspendu par des harnais, et surtout des « performances » propres à déclencher des orgasmes paroxystiques chez tous les critiques.

Les œuvres de Cattelan sont « le résultat d’une opération irrévérencieuse contre l’art et les institutions », dit sa fiche Wikipédia. Il en est plutôt le complice le plus malin. La preuve par cette banane, simple fruit scotché au mur d’un galeriste.

« Comedian », titre de l’œuvre-banane à 120.000 dollars, est donc en soi une double performance : il fallait oser la chose et la vendre. On ne peut donc exclure le fait que le troisième larron, se vantant d’être « le premier artiste à manger l’art d’un autre artiste », soit un complice de Cattelan, même s’il s’en défend. La galerie Emmanuel Perrotin, vendeuse de l’œuvre, relativise : « Il n’a pas détruit l’œuvre. La banane, c’est l’idée. » La valeur, nous précise-t-on, « réside dans le certificat d’authenticité », le fruit devant être remplacé régulièrement puisqu’il pourrit. Ben oui, ce n’est qu’une banane.

« Cela a amené beaucoup de tension (sic) et d’attention sur l’installation et nous ne sommes pas fervents du spectacle », a ajouté le communicant de service, « mais la réaction a été fantastique (re-sic). Cela donne le sourire à beaucoup de gens. » Il est vrai qu’en ces temps où tant de gens peinent à se nourrir, savoir que d’aucuns peuvent sortir 120.000 euros pour une banane est d’une grande consolation.

Quant aux performances de Cattelan, on signalera la plus remarquable qui est d’avoir « ouvert » à New York une galerie où rien ne se vend et qui demeure toujours fermée. Une œuvre qui fera sans doute date à l’avenir… On se souvient, en effet, de Vides, au Centre Beaubourg, en 2009, « une rétrospective des expositions vides depuis celle d’Yves Klein en 1958 ». On pouvait donc y admirer, « dans une dizaine de salles du Musée national d’art moderne », cette exposition qui « rassembl(ait), de manière inédite, des expositions qui n’ont rigoureusement rien montré, laissant vide l’espace pour lequel elles étaient pensées ».

Prix d’entrée 12 euros, et pour les gogos, un catalogue de 500 pages vendu 40 euros. L’apothéose de ce grand moment d’art contemporain eût été d’offrir 500 pages blanches, mais les pompeux baratineurs ne renoncent pas si facilement à tartiner sur du vide…

À lire aussi

Après Bigard, Hanouna… et pourquoi pas un pétomane à l’Élysée ?

Le cauchemar continue… …