Si Olivier Véran a quelques amis, ceux-ci devraient le mettre en garde. Pas seulement parce que si l’on devait faire des familles dans la macronsphère, Olivier Véran serait, par le verbe, l’allure et la gestuelle, le petit frère de François de Rugy et de Benjamin Griveaux, ce qui, en soi, n’est pas un gage de réussite mais parce qu’il « prend trop la confiance », comme disait mon moniteur d’auto-école. Ce brave homme plein de bon sens avait une théorie : ce n’est pas quand on est un jeune conducteur, fesses serrées dans le siège baquet et mains crispées sur le volant, que l’on est le plus en danger, mais après, quand on a enfin décroché triomphalement le « A » pendu à l’arrière et que l’on se croit assez aguerri pour faire le mariolle et klaxonner le petit pépé qui met des heures à doubler. C’est à cet instant précis que l’on s’encastre dans la glissière de sécurité.

Olivier Véran fait l’unanimité parmi les journalistes. D’abord parce qu’en petit comité, tous s’accordent à lui trouver un style, direct, familier et trash façon « un ministre ne devrait pas dire ça » qui fait de lui un bon pourvoyeur de « petites phrases ». Ensuite parce que, dans le salmigondis de valse-hésitation, d’ordres, de contre-ordres, de pusillanimité et d’immobilisme présenté aux Français sous l’écriteau « stratégie », et surtout après le fiasco Agnès Buzyn, il est apparu comme la figure crédible et pragmatique de cette gestion de crise. Son petit schéma montrant à la télé l’aplatissement du pic épidémique grâce au confinement, de l’avis général très didactique, a fait forte impression.

Sauf qu’il a « pris la confiance » et, par des postures méprisantes que, trop à l’aise, il ne se donne plus la peine de cacher, il commence à frôler dangereusement la sortie de route. Il y a eu, tout d’abord, les sarcasmes « trottinette » à l’endroit du professeur Raoult. Il y a eu, ensuite, les railleries supposées river son clou à Éric Ciotti au sujet des masques détruits jusqu’en mars dernier, que le député des Alpes-Maritimes n’aurait, selon lui, vu leur état déplorable, « pas même donné à son lapin nain ». Il y a enfin le mépris – relevé par Le Salon beige – dont il a fait preuve, il y a quelques jours, à l’Assemblée nationale, alors que l’on y discutait du déconfinement et que Mmes Ménard, Thill et Kuster plaidaient pour une réouverture des lieux de culte le 11 mai. L’ayant écartée du revers de la main, il déclare, alors qu’il vient sèchement d’opposer une fin de non-recevoir et que les députées veulent reprendre la parole : « Allons-nous passer une demi-heure sur les cultes ? » Lui qui a passé un temps infini, dans sa conférence de presse, à expliquer en long en large et en travers les micro-détails de son plan, jusqu’à donner ou presque la couleur des savonnettes dans les WC des maternelles juge que trente minutes pour statuer du sort d’une liberté fondamentale garantie par la Constitution, c’est parfaitement superflu… Olivier Véran se permet même de souffler ostensiblement et explique pourquoi : « C’est trop long. »

Ma grand-mère (paix à son âme), à la fois emplie de piété et très terre à terre en femme de sa génération, croyait dur comme fer à la justice immanente de l’au-delà : elle menaçait, par exemple, sa progéniture, lorsqu’elle arrivait en retard à la messe, de voir, son heure venue, les portes du paradis se fermer sous son nez, comme le TGV quand on arrive en courant avec ses grosses valises et qu’il commence à sonner.

De là-haut, je la connais, elle conseille gentiment à Olivier Véran de se méfier : il ne faudrait pas, disons dans quelques dizaines d’années, que saint Pierre, à l’accueil, soupirant et levant les yeux au ciel, expédie vite fait son dossier… et avant ce jour, qu’une saillie plus méchante que les autres ne lui vaille un bad buzz à la Laetitia Avia propre à lui donner envie de se faire aussi petit, tout petit qu’un lapin nain.

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