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Cinéma - Editoriaux - 15 mai 2020

Aujourd’hui, Michel Audiard aurait eu cent ans !

Ce vendredi 15 mai 2020, aurait fêté son centenaire. On ne présente plus l’homme ayant assuré les dialogues de 110 films, parmi lesquels les plus beaux fleurons de notre septième art, sans oublier la dizaine qu’il a réalisés seul, dont Vive la France, pamphlet antigaulliste hilarant, quoique empreint d’une mauvaise fois sans nom.

Pour la petite histoire, sa première réplique demeurée fameuse, dans son premier film, Mission à Tanger, d’André Hunebelle, en 1949, est ce conseil donné à un officier espagnol : « Allez-y franco, mon général ! »

Demeuré dans les mémoires, celles du public – et même de la critique, à la longue –, Michel Audiard est avant tout emblématique, non point de sa seule personne, mais d’une longue tradition littéraire du cinéma français. En effet, il descend en droite ligne de Jacques Prévert et d’Henri Jeanson, respectivement dialoguistes de films tels que Quai des brumes (1938) et Le jour se lève (1939), de Marcel Carné, ou Pépé le Moko (1937, Julien Duvivier) et Entrée des artistes (1938, Marc Allégret).

Michel Audiard était de cette même veine : touche-à-tout, journaliste et poète à sa façon. Son inspiration, il la trouvait dans la vie de tous les jours, celles des bistroquets, notamment, dans son village du XIVe arrondissement parisien. Comme ses deux augustes prédécesseurs, il savait être à la fois grave et léger, sans jamais être lourd, la marque des tâcherons, le plus souvent.

À propos de journalisme, ses chroniques du Matin de Paris, éphémère quotidien socialiste ayant accompagné la venue au pouvoir de François Mitterrand, le 10 mai 1981, sont un modèle du genre, même si pas toujours très… socialistes. « Il y a des gens de gauche qui me rendent de droite et des gens de droite qui me rendent de gauche » : tel était son viatique en matière politique. On a entendu plus nigaud.

Inutile de revenir sur sa carrière, cette dernière se confondant avec l’histoire de notre cinéma. Mais sans lui, la parole de Jean Gabin et Lino Ventura, de Jean-Paul Belmondo et Bernard Blier, aurait peut-être résonné différemment, tandis que leurs films n’auraient sûrement pas été les mêmes.

C’était aussi un cas unique dans l’histoire cinématographique, voulant qu’un simple dialoguiste puisse aller jusqu’à supplanter un metteur en scène et oublier que non, Les Tontons flingueurs n’est pas un film de Michel Audiard mais de Georges Lautner. Tout comme Un singe en hiver (1962) est, avant tout, un livre d’Antoine Blondin mis en images par Henri Verneuil, et non point un film de… Michel Audiard.

Certes, l’homme avait ses coquetteries, son nom étant toujours entouré d’un rectangle, en bonne position sur l’affiche. Ce qui ne l’a pas empêché de comprendre qu’il n’était que le maillon d’une longue chaîne. Son savoir, il l’avait appris des anciens, même y ajoutant sa petite touche personnelle, mais n’hésitait pas non plus à prendre les jeunes pousses sous son aile.

Ainsi, c’est lui qui forma Jean-Marie Poiré, futur réalisateur du Père Noël est une ordure (1982) et des Visiteurs (1993), dont les répliques devenues cultes peuvent rivaliser en matière de célébrité avec celles des Tontons. Et sans Audiard, pas d’équipe du Splendid, de Patrice Leconte et de Bertrand Blier, d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri ; et peut-être même d’Éric et Ramzy.

Il n’est pas d’art qui tienne sans transmission, volontaire ou non. En ce sens, Michel Audiard fut un immense passeur. Après, ceux qui l’honorent, parfois de façon mécanique, tout comme Pierre Desproges, ne se permettraient pas, aujourd’hui, le millième des transgressions que le défunt s’autorisait en son temps, faisant parfois grincer les dents de nombre de bien-pensants.

C’est pour ça que les Français l’ont toujours aimé et continueront sans nul doute à l’aimer encore longtemps.

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