« Comment as-tu trouvé l’Algérie, ton pays, après 20 ans d’absence ? »

« J’ai cherché l’Algérie partout. Je ne l’ai pas trouvée », ai-je répondu. Devant la consternation amusée de ma fille le soir même de mon retour du bled, j’ai continué :

Vingt ans en arrière, l’Algérie était le pays « arabe » le plus modernisé, le plus sécularisé, après la Tunisie. L’Algérie est aujourd’hui plus islamisée que la majorité des pays arabes : point d’associations, point de partis, point de militants qui travailleraient ouvertement pour une Algérie laïque. Si l’ est militairement vaincu, il a triomphé culturellement. Les bars de quartier ferment l’un après l’autre. Boire une bière à Alger est devenu presque impossible. Montrer un léger rejet de la est presque suicidaire dans la rue algérienne d’aujourd’hui. Les femmes voilées étaient minoritaires : elles représentent aujourd’hui la majorité écrasante. Des voiles intégraux, la tenue Zorro comme disent les enfants de là-bas, des barbes, des djellabas, des produits médicamenteux islamiques, médecine prophétique ! Que vous soyez malades, enfants, incroyants, les muezzins vous réveilleront quand même tous les jours à l’aube. Vous êtes obligés de supporter ces appels agressifs à la prière, diffusés par des hauts-parleurs désagréables.

Ce pays s’est afghanisé à outrance. Dans certains quartiers de la capitale, j’ai cherché vainement une odeur d’algérianité, quelque chose qui n’a pas encore été pollué par l’islamisme. RIEN. Ce peuple a même troqué les prénoms qu’il donnait naguère à ses enfants contre des prénoms venus d’Arabie et de la mythologie islamique.

Je n’ai trouvé que des êtres hybrides, déracinés, ayant perdu leur profondeur culturelle, pour ne pas dire leur identité. Dans ce pays, on a l’impression d’être dans une mosquée. Rien contre la religion, rien en dehors de la religion, tout dans la religion. L’Algérien est devenu un errant culturel, la est devenue sa seule garantie d’existence. Sa bouée de sauvetage.

En dépit d’une défaite cuisante de l’intégrisme armé et d’une sécurité visible, le danger islamiste est toujours là et rien ne peut prémunir le pays contre un nouveau djihad parce que, au lieu de soigner cette maladie mortelle, on persiste à ne soigner que ses complications.

14 octobre 2013

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