Accueil Audio Alexis Poulin : « Cette liberté de parole, elle est précieuse, elle est rare et elle est fragile »

Alexis Poulin : « Cette liberté de parole, elle est précieuse, elle est rare et elle est fragile »

« Aujourd’hui, on a une majorité qui est prête à tout pour avancer son calendrier de censure et je trouve qu’il y a très peu de voix discordantes par rapport à ce qui est en train de se passer. […] Cela ne s’est jamais vu en France, un mouvement comme les gilets jaunes, cela ne s’est jamais vu, une grève aussi longue, cela ne s’est jamais vu, un gouvernement aussi sourd. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, voire quelque chose de pourri en République française. »

Le chroniqueur Alexis Poulin est revenu sur l’affaire Griveaux et sur le procès fait aux réseaux sociaux.

On peut retenir que la majorité a envie d’accélérer son calendrier de censure des réseaux sociaux. Cette affaire fait partie de la politique de caniveau, sous la ceinture, et devrait rester un épisode vite oubliable et déplorable de la politique française. À peine cette affaire sortie, le fil rouge de la prise de parole des portes-parole de la majorité était clair : censurer au plus vite les réseaux sociaux qui représentent un danger pour la démocratie avec des Russes qui, en 2022, vont encore faire du sale boulot pour les élections présidentielles !
En réalité, les réseaux sociaux et les Russes n’ont rien à voir avec ce qu’il s’est passé dans l’affaire Griveaux. On voit bien qu’il y a une obsession et une volonté d’accélérer le calendrier avec, bien sûr, la loi Avia sur le discours anti-haine. Ce dernier est un faux nez pour une loi de censure des réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux dont on parle sont des gens et des citoyens lambda qui prennent la parole et témoignent. Grâce aux réseaux sociaux, on a vu les violences policières, l’affaire Benalla et l’affaire de Steve Caniço, mort un soir de fête de la Musique, suite à une charge violente de la police. On a vu des choses qui embêtaient le pouvoir. C’est extrêmement gênant, pour un Président qui a une vision verticale du pouvoir. Rappelez-vous sa sortie sur Jojo le gilet jaune. On ne veut plus entendre Jojo le gilet jaune. Il faut qu’on puisse entendre Emmanuel Macron. On l’a entendu huit heures par jour pendant quelques mois lors du grand débat.
Les éditocrates considèrent qu’il n’est pas normal que la parole sur les réseaux sociaux ait la même résonance que celle des médias autorisés. Seuls les élus, les sondeurs et les journalistes accrédités auraient le droit à la parole, dans une démocratie. Je ne suis pas d’accord sur cette vision des choses. Je pense qu’on est nombreux à ne pas être d’accord sur cette vision des choses. Cela en dit long sur le danger qui plane sur la démocratie française. Cette liberté de parole est précieuse, rare et fragile. Aujourd’hui, la majorité est prête à tout pour accélérer son calendrier de censure. Il y a très peu de voix discordantes pour s’opposer à ce qui est en train de se passer. L’excuse sécuritaire n’en est pas une. Plus que la sécurité, le but recherché est surtout la préservation d’un monopole de la parole.

Daniel Cohn-Bendit et ses colères sont sa façon de communiquer. Daniel Cohn-Bendit est gêné lorsqu’on lui rappelle son passé pédophile. Il avait écrit que c’était sympa de se faire caresser par de jeunes filles de 6-8 ans. C’est quand même gênant pour lui, car des gens le tiennent pour responsable des conneries qu’il peut raconter.
Quand vous avez le privilège de la parole, vous dites un paquet d’énormités. Des citoyens vérifient naturellement les énormités qui sont dites. C’est extrêmement ennuyeux quand on est habitué à être écouté et vénéré comme un phare de la pensée occidentale. Je comprends l’énervement de Daniel Cohn-Bendit…

Scandales, affolement de la parole… Pertes des pouvoirs régaliens de l’État. Cela sent le roussi, non ?

L’ethnologue américain David Graeber était un des piliers d’Occupy Wall Street. Lorsque les élites sont aussi déconnectées des populations, c’est le symptôme des temps prérévolutionnaires.
On vit ce temps-là. Il faut être aveugle pour ne pas voir que ce n’est pas normal d’assister, tous les samedis, à des scènes de protestation et de violences. Ce n’est pas normal qu’autant de professions soient en grève depuis plusieurs mois. Ce n’est pas normal que le débat sur les retraites soit antidémocratique. Ce n’est pas normal qu’on nie la volonté de débat avec une rhétorique orwellienne du mensonge. On veut faire croire qu’on a une majorité très ouverte au débat qui prend son temps et qui veut faire une loi de justice sociale. Personne n’est dupe. La réforme des retraites est là pour faire des économies de bouts de chandelle sur un système au bord de l’asphyxie. Cela n’est pas dit, mais tout le monde le ressent. L’été dernier, je disais que la société était maltraitée. Aujourd’hui, c’est de pire en pire. Cela ne peut pas tenir deux ans comme cela. Je ne parle pas d’une révolution, mais cette prise de conscience citoyenne ne va faire que grandir. On vit quelque chose d’assez exceptionnel. En France, on n’a jamais vu un mouvement comme les gilets jaunes. On n’a jamais vu une grève aussi longue. On n’a jamais vu un gouvernement aussi sourd. Quelque chose ne tourne pas rond, voire quelque chose est pourri, en République française.

Agnès Buzyn, candidate à la place de Benjamin Griveaux… Olivier Véran, ministre de la Santé. Qu’est-ce que cela révèle ?

Je pense qu’Agnès Buzyn n’avait pas vraiment envie de quitter son ministère et de reprendre la campagne qui prend l’eau de Benjamin Griveaux, à quelques semaines du scrutin. C’est vraiment une mission impossible. Le choix d’Olivier Véran montre, aussi, le manque d’épaisseur du mouvement de La République en marche. C’est le Président qui choisit le candidat à la mairie de Paris. On comprend que Cédric Villani ait décidé de jouer solo. Olivier Véran était le référent santé de la campagne d’Emmanuel Macron. C’est dire que très peu de monde est autour du Président pour refaire un exécutif et un gouvernement au cas où.

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