Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 10 octobre 2019

Alexandre Goodarzy, sur l’offensive turque en Syrie : « Les Kurdes, qui contiennent les camps de Daech, sont fragilisés »

Une offensive de grande ampleur de l’armée turque contre les forces kurdes de Syrie a été lancée, avec l’appui des djihadistes d’Idlib : plusieurs localités du nord-est de la Syrie ont été bombardées mercredi, avant le lancement d’une opération terrestre.

Au micro de Boulevard Voltaire, Alexandre Goodarzy, présent sur place et en mission pour SOS Chrétiens d’Orient, explique les enjeux et les conséquences de ces opérations militaires.


La Turquie a lancé une offensive de grande ampleur en Syrie. Elle a pour but de se débarrasser de toutes les forces armées kurdes. Elle a reçu l’appui des troupes djihadistes d’Idlib. Comment est vécue la situation sur place ?

La situation sur place est à l’effroi. Les populations vivant dans cette partie de la Syrie subissent la politique kurde. C’est une conséquence de l’obstination kurde à vouloir absolument créer un Kurdistan aux dépens de la souveraineté nationale syrienne. Jusqu’ici les petites minorités chrétiennes syriaques, chaldéennes, assyriennes et même la majorité arabe sunnite et kurde ont subi le despotisme de cette mouvance politique, à savoir le PYD et sa branche armée le YPG. Forcément, c’est assez douloureux en ce moment.


Déplore-t-on des pertes humaines ou matérielles ?

Dans les zones kurdes, nous avons constaté beaucoup de personnes blessées et tuées sous les coups portés par les Turcs. Toute la frontière nord qui va de Jarablus au niveau de l’Euphrate jusqu’à Maliyah est touchée. Il y a déjà pas mal de gens à l’hôpital. Concernant le nombre de morts et leur identité, il est encore un peu tôt pour savoir. Nous essayons d’être vigilants aux propos que nous entendons. Des familles sont parties se réfugier à Al Hasakeh. Elles n’osent plus sortir. Les Kurdes font du porte-à-porte pour enrôler tous les hommes mobilisables afin qu’ils se battent dans les rangs kurdes contre les Turcs.
Les Kurdes ont une capacité à contenir les camps de Daesh, les combattants de l’organisation de l’État islamique ainsi que leur famille. Il y a des milliers de combattants dans les geôles tenues par les Kurdes. Aujourd’hui, les Kurdes sont en train de nous dire « à nous fragiliser ainsi, il sera compliqué pour nous de contenir tous ces anciens combattants ». C’est aussi une manière de dire aux Américains « si vous n’êtes pas derrière nous et que vous nous livrez aux Turcs, nous ne répondons plus de Daesh dans la région ».


L’offensive turque visant à réprimer les Kurdes pourrait servir Bachar El-Assad afin qu’il reprenne le contrôle de la région.

Le gouvernement syrien condamne évidemment l’offensive de la Turquie par rapport à la violation de la souveraineté du pays et de son intégrité territoriale. Néanmoins, c’est très intéressant pour les Syriens de voir les Turcs faire le sale boulot à leur place. La question kurde est un problème à la fois pour les Turcs et pour les Syriens. Si demain les Syriens devaient toucher aux Kurdes, vous n’imaginez pas médiatiquement comment on s’acharnerait sur la Syrie. Alors que ce pays se bat depuis huit ans contre le terrorisme, on voit bien comment est traitée la Syrie dans les médias. Si les Turcs, membres de l’OTAN et alliés de l’Europe et des États-Unis, le faisaient à leur place, ils ne seraient certes pas forcément bien traités dans les médias, mais toujours de façon moins virulente que si c’était la Syrie.


En tant qu’humanitaire présent sur place, que souhaiteriez-vous en plus de ces condamnations ?

On commence à remettre en question la place de la Turquie dans l’OTAN et la place des Kurdes comme membres terroristes. Ils sont considérés comme une organisation terroriste sur les listes internationales, États-Unis, Turquie et Union européenne.
D’abord, il serait opportun de bien définir les gens dont on parle. Il est étrange que l’on condamne les Turcs membres de l’OTAN et qu’on soutienne les Kurdes qui sont considérés comme organisation terroriste par notre gouvernement.
J’en profite pour rappeler que la Turquie n’est pas en train d’agresser depuis hier, mais depuis huit ans. Ils ont tous les territoires à l’ouest de l’Euphrate. Au niveau de la poche d’Idlib où se trouvent les terroristes, les positions turques s’y trouvent. Maintenant qu’ils attaquent les Kurdes, on se réveille ! C’est assez problématique. Il aurait fallu condamner les Turcs depuis bien longtemps.

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