Les images de l’agression de Yuriy tournent en boucle sur les réseaux sociaux, pour reprendre une de ces phrases toutes faites qui tiennent lieu de cortex préfrontal aux journalistes de l’info en continu. On peut y voir cet adolescent, allongé sur la dalle de Beaugrenelle (15e arrondissement), massacré à coups de pied par un troupeau (il n’y a pas d’autre expression) de « » que la mère du jeune homme a, fort à propos, qualifié d’« ».

Yuriy souffre de plusieurs traumatismes crâniens, il est resté en coma artificiel jusque récemment et son pronostic vital était initialement engagé. Pourquoi ? « Mauvais regard ? » « Cigarette refusée ? » « Mauvais endroit, mauvais moment ? » « Règlement de comptes ? » La liste des péchés qu’aurait pu commettre le jeune homme pour mériter ce traitement est brève mais tristement connue. On ne tardera pas à découvrir que c’était presque sa faute.

On ne sait pas d’où viennent ces jeunes gens courageux, qui s’acharnent à quinze contre un sur un adolescent : du 7e arrondissement tout proche, peut-être, comme leurs mocassins à pampilles et leurs vestes de chasse le laissent supposer ; du Berry ou du Nivernais, autre hypothèse, puisque quelques mots de patois bien de chez nous leur ont apparemment échappé ; d’une bande d’, possiblement et idéalement, de celles qui sèment la terreur dans les hypercentres urbains, à la recherche d’une proie facile ? L’enquête le dira.

Autre enquête, parallèle à l’enquête judiciaire : on apprend, en effet, que l’IGPN a été saisie pour identifier l’auteur de la « fuite », celui qui a fait circuler le film de la vidéosurveillance sur lequel on voit ces jeux innocents, en noir et blanc et mal cadrés certes, mais enfin avec assez de précision tout de même. Cette « fuite » de la vidéosurveillance est un acte illégal et il s’agit de savoir si cet acte a impliqué des policiers. Les « boeuf-carottes » sont peut-être déjà en train d’établir des listes, de croiser les données, d’interroger les premiers suspects. On espère qu’ils mettront vite la main sur la taupe. Montrer ainsi ce qui se passe tous les jours en , au mépris des règles élémentaires du vivre ensemble, c’est odieux. Innommable. Inmontrable.

En ce qui concerne les auteurs de ce que l’on appellera « une agression gratuite », faute de mots plus adaptés et ne tombant pas sous le coup de la loi, on attendra sans doute un peu plus longtemps. Ce n’est pas grave puisque, de toute façon, il y a fort à parier que ces « jeunes », sans doute désœuvrés par le manque d’installations sportives, n’iront pas en prison ou, tout du moins, n’y feront qu’un bref passage. « La , elle sera impitoyable », pour reprendre les éléments de langage consacrés depuis (et repris en boucle par les préposés gouvernementaux des matinales) : ne pas mentionner la France, utiliser le double sujet, abuser des grands mots définitifs – et surtout s’en tenir là.

En attendant, je souhaite à Yuriy de retrouver toutes ses facultés. Je souhaite à sa pauvre mère de comprendre dans quel pays elle a mis les pieds.

25 janvier 2021

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