Aucun grand reporter de Match n’était volontaire pour la nouvelle mission désignée par le magazine. D’accord pour Beyrouth, le fin fond de l’Amazonie, la Biélorussie, les tribus libyennes, à la rigueur… Mais … La rédaction dépassait les bornes.

Dès son arrivée sur le terrain, l’envoyé spécial commis d’office parvient à rejoindre des éléments de la troupe régulière. Des policiers spécialisés dits « de terrain » qui évoluent chaque jour dans les quartiers en proie au trafic de stupéfiants. L’aventure est périlleuse. La menace vient du ciel.

« N’importe quoi peut tomber du haut des tours, une boîte de conserve de 1 kilo de haricots, une bouteille de whisky », prévient un des soldats grenoblois. L’économie verticale appliquée au pied de la lettre.

Plus loin, les tours réhabilitées du Mistral sont déjà « rongées deux ans après la fin des travaux ». La politique de la ville a porté ses fruits. Les rénovations ont tenu presque six mois !

Dans un taillis, les policiers découvrent une liasse de 660 euros et deux téléphones portables. La section jardinage de Paris Math viendra faire un reportage sur l’incroyable fertilité du terrain. Par ici, la drogue serait de meilleure qualité. « On offre des CD et des tickets de loterie aux acheteurs, avec console de jeu promise au gagnant. » La Française des jeux refuse de prêter son boulier pour le tirage au sort. Ce serait illégal ! Les boules ne doivent sortir des locaux sous aucun prétexte. Le règlement est implacable. La loi, c’est la loi ! On ne plaisante pas avec ces choses-là.

Le trafic « rapporte entre 15.000 et 30.000 € par jour » dans le seul quartier du Mistral, selon les estimations citées par le magazine. Le journaliste repense à ce film sur les banlieues primé à Cannes. « Mais comment s’appelait-il, déjà ? Ah oui… Les Misérables… » À défaut de pouvoir rentrer au bled, certains revendeurs sont allés passer quelques jours de vacances dans des palaces de la Côte d’Azur. Un service misérable. Pas la moindre trace de caviar sur les toasts du petit déjeuner.

Pendant que de beaux esprits tergiversent sur la possible légalisation du cannabis, à Grenoble comme ailleurs, la vente se professionnalise. L’emballage des produits est soignée, « la drogue est conditionnée dans des sachets plastique achetés en  ». La commercialisation du produit bénéficie, de fait, du statut étrange de « vente officieusement légalisée mais pas tout à fait ».

Un flou artistique inefficace et coûteux dont le reportage de Paris Match se fait, une fois de plus, le témoin. Le maire écolo Éric Piolle accuse l’État, l’État accuse réception des plaintes. Entre les deux parties, des policiers désabusés : « On n’a pas le droit de les poursuivre, c’est frustrant. En 2019, deux jeunes se sont tués. Dix jours d’émeutes urbaines. Trop de risques. »

L’été touche à sa fin. Le journaliste de Paris Match fait sa valise… Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés, policiers, autorité, liquidités. Un de ces bazars… D’après une enquête d’opinion du 21 septembre, un Grenoblois sur deux déclare avoir été victime d’un acte de délinquance. « Taxi, à la gare et en quatrième vitesse ! »

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